Radium Girls, sacrifiées volontairement et Cy s’expose Galerie de l’Art à Paris dès le 26 août

Un album qui a été retardé bien sûr pour cause de confinement, mais qui traite d’un fait historique, d’une forme finalement de catastrophe sanitaire qui aurait pu être évitée. Radium Girls retrace le destin de ces femmes américaines qui enduisaient de radium phosphorescent les aiguilles des montres militaires. On est en 1918 et, pendant des années, ces femmes porteront à leur lèvres pour les humidifier les pinceaux enduits de radium. Ou se serviront du produit pour se maquiller. Elles en mourront pour beaucoup, ignorantes du danger, et auront du mal à faire reconnaitre par l’État leur empoisonnement quasi volontaire puisque employeur et scientifiques de la marque savaient. Un film vient d’ailleurs de sortir sous le même titre sur chaines TV et diffusé aux USA en 2018. C’est Cy qui a écrit et dessiné cet album, et là on est bluffé par la force, la beauté du trait, son réalisme, son émotion aussi qui mord sur les grandes formes du temps, l’art nouveau puis art déco. Un album en tout point remarquable, ça fait du bien, dont on avait envie de parler et à mettre de côté dans sa liste de priorités à acheter absolument.

On pourra rencontrer Cy et découvrir son nouvel album le mercredi 26 août 2020 à la Galerie Achetez de l’Art 24 rue de Lappe – 75011 Paris. Une dédicace a lieu à partir de 16h, le vernissage à partir de 19h.

Orange, USA, New Jersey 1918. Mollie, Grace, Katherine, Albina, Edna travaillent dans une usine de fabrication de montres. On enduit les chiffres de radium qui permet de voir l’heure la nuit. Grace explique à Edna comment faire, mouiller le pinceau avec la bouche, prendre un peu de radium produit cher et peindre les chiffres. Mais il faut mouiller souvent le pinceau à la bouche et donc absorber du radium. Les filles se surnomment les ghost girls car le radium se diffuse dans leur corps et elles sont phosphorescentes. Elles sont solidaires et pour s’amuser, sans conscience du danger, se maquillent aussi au radium.

Cy.
Cy.. Lisa Miquet ©

Les choses vont rapidement mal tourner. Un médecin de la société tente de les mettre en garde et il est viré. Mais devant ces symptômes de plus en plus graves, les Radium Girls vont avoir des doutes. Même si on leur répond que comment un instant penser que, si c’était dangereux, on leur demanderait de le faire. De quoi rappeler quelques déclarations péremptoires gouvernementales françaises en janvier, février dernier. Cy (Le Vrai sexe de la vraie vie) signe un album qui offre à ces oubliées une belle tribune, sacrifiées par une économie sans états d’âme. On revient sur son trait et sur son découpage parfait tout au long des 120 pages de l’album. Et sur son humanisme émouvant qui parle au nom de ces femmes qu’il ne faut pas oublier.

Radium Girls, Glénat, 22 €