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Ce que j’ai vu à Auschwitz, Les Cahiers d’Alter, un document incontournable

C’est un sentiment ressenti, et constaté, parmi les survivants des camps de la mort, Juifs ou pas, résistants rencontrés. Pourquoi suis-je vivant et pas mon copain. La culpabilité incroyable mais vrai que l’on ressent aussi dans l’adaptation des Cahiers d’Alter Fajnzylberg, juif polonais, Ce que j’ai vu à Auschwitz par Jean-David Morvan et Victor Matet, coscénaristes de Adieu Birkenau, avec Rafael Ortiz au dessin. Ce témoignage est en outre contextualisé par l’historien Alban Perrin.

Alter avant d’être déporté à Auschwitz en 1942, a une vie de passion, de résistance vouée au communisme, de la guerre d’Espagne puis la résistance en France. Alter Fajnzylberg s’engage dans les Brigades internationales en 1937. Interné par la suite en France, il finit par s’échapper, est arrêté par hasard en 1941 à Paris par la police française, c’est le début de l’album. Il fait partie du premier convoi de déportés juifs envoyé de France vers Auschwitz fin mars 1942. Son fils Roger mettra des années avant de livrer les carnets d’Alter, son père, écrits en polonais quand en 1945 il revient des camps en France. Ces écrits inédits entre l’automne 1945 et le printemps 1946, dans l’urgence de dire ce qu’il avait vu dans les camps, furent alors enfouis dans une boîte à chaussures – comme un secret brûlant et toute l’horreur du monde mais qui aussi dévoilent qu’Alter a été obligé de faire partie du Sonderkommando qui à Auschwitz gérait les cadavres dans les chambres et les fours. Les nazis les exterminaient ces témoins du pire. Les rescapés des Sonderkommandos sont très rares.

Alter s’en sort, survit mais porte sur les épaules une double croix, avoir survécu et avoir été indirectement un acteur innocent de la Solution finale. Alter met une chape de plomb sur son témoignage jusqu’au jour où son fils décide qu’il faut livrer au monde ce que ses parents avaient fini par occulter. Le dessin d’Ortiz accroche, réaliste et authentique, pour une histoire bouleversante à largement méditer.

Ce que j’ai vu à Auschwitz, Cahiers d’Alter, 128 pages couleur, Dupuis, 25 €

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