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Brancusi contre États-Unis, l’art nouveau

Voilà un album qui rend heureux que la BD existe. Brancusi contre États-Unis est évidemment une histoire vraie. Sculpteur de génie Constantin Brancusi est taxé lourdement par la douane américaine qui considère que ses œuvres importées ne sont pas de l’art mais des produits industriels. Pas neutre au début des années 20. Procès car Brancusi attaque la libre Amérique toujours aussi tordue dans ses appréhensions diverses. On va croiser Man Ray, Satie, Calder, Rodin chez qui Brancusi a travaillé, Marcel Duchamp. Arnaud Nebbache signe sa première BD et quelle BD. Graphiquement on est sous le choc, l’emprise des formes, des couleurs, un tout travaillé, qui met en vedette la sculpture abstraite à travers les interrogations ou les certitudes qu’elle pose. Le débat méritait bien cet album pas simple à faire pour qu’il puisse toucher le plus grand nombre. Nebbache a su expliquer, montrer et surtout mettre Brancusi en avant, un pionnier de génie qui aussi doutera de son art.

Il en a ras-le bol de faire des moules pour Rodin, Brancusi et rend son tablier. Vingt ans plus tard il est connu et expose à New-York, vend cher ses sculptures. Dont une L’Oiseau créée sous les yeux de sa muse Tonton. Lui, c’est pour elle Tantan. Il photographie son oiseau qui a la forme d’une pale d’hélice ou d’une plume. Il va exposer à la Bummer Gallery. Duchamp est son représentant. Brancusi travaille avec Erik Satie le compositeur. Le mouvement, l’envol, Brancusi veut que les Américains les découvrent dans ses œuvres. Il part à New-York mais quand son Oiseau débarque la douane US le taxe, ne le reconnait pas comme une œuvre d’art. C’est un objet industriel. Il faut qu’il paye. Brancusi attaque les États-Unis. Le procès commence et sera exemplaire car au-delà de Brancusi c’est l’art importé qui risque gros dans un pays sans vraie histoire artistique.

Une leçon que Nebbache mène comme une série à suspense, rebondissements, témoignages. Ce n’était pas gagné. Les visions artistiques se télescopent au moment même où en Europe il se réinvente. Doutes bien sûr de Brancusi, le suspense est permanent, on vit le procès à la barre sous l’œil d’un juge intègre mais quel sera le verdict . Un travail intelligent de Nebbache qui met en perspective l’art sous ses formes les plus nouvelles à l’époque. A lire absolument.

Brancusi contre États-Unis, Dargaud, 23 €

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