Catégories : Autour de la BD

Carnation, Peggy propose une expérience de lecture sensorielle

On aime sa façon d’écrire, le choix de ses mots, leur musique. Quand Peggy, la libraire, aime un album elle en parle, bien, avec tendresse, passion, émotion. Alors on lui a demandé si elle était d’accord que ligneclaire.info l’invite et reprenne ses textes qu’elle diffuse pour les lecteurs d’Azimuts, la librairie BD montpelliéraine. Elle a dit oui. Voila le premier. Mussat et Carnation ouvrent le bal.

« Carnation ». On dirait presque le nom d’un groupe de métal. J’ai mâchouillé virtuellement pleins de stylos, regardé dans le vide, scruté le clavier en espérant que les mots s’ordonneraient d’eux mêmes, mais rien ne s’est passé. Je n’arrive pas à écrire comme je le voudrais sur ce livre malgré mon envie de le partager.

C’est l’histoire d’une relation vénéneuse. Amoureuse, mais c’est presque un détail. Une relation qui n’en est pas une. Déséquilibrée. Désordonnée. Même le dessin est difficile à aborder, à décrire. Les dessins devrais-je dire… Xavier Mussat n’a pas un trait, mais plusieurs. Il jongle entre un réalisme délicat qui évoque Fabrice Neaud et illustre si bien les années angoumoisines, bien sûr, un trait un poil caricatural qui vient contrebalancer la gravité du ton, des illustrations proches du rébus… et c’est peut être çà le truc. Le dessin est à l’image de leur relation.

Des morceaux épars, comme des lambeaux d’une histoire gâchée, ratée, qui déchire les corps, les sentiments, nous donne envie de chialer de tout casser et de s’écrouler exténués. Je ne veux pas lire çà je ne veux pas sentir çà je ne veux pas vivre çà. C’est une lecture physique comme peu d’ouvrages le provoquent. En vrac, je pense à « L’ascension du Haut Mal » de David B bien sûr… et puis plus proche « Blast » de Manu Larcenet.

Il y a sans doute eu quelque chose de l’ordre de la reconstruction à l’écriture de ce livre. Xavier Mussat ramasse les souvenirs… semble se reconstituer en même temps qu’ il écrit. Le chemin est forcement inverse pour le lecteur. Au fur et mesure que l’on avance on prend conscience de l’étendue du désastre et on se le prend en pleine gueule. Lisez ça, vous aurez mal mais c’est indispensable, une expérience de lecture aussi sensorielle ne se rate pas.

Bien à vous, Peggy La Libraire

Aussi. Il y a quelques années Xavier Mussat avait écrit « Sainte Famille » chez Ego Comme X. Fabuleux. L’ouvrage est malheureusement épuisé, démerdez-vous, trouvez le.

Et puis j’aime bien vous mettre un peu de musique et les paroles de Lloyd Cole ne sont pas si loin de « Carnation ».

« …It took a lost weekend in a hotel in amsterdam

Twenty four gone years to conclude in tears

That the sickest joke was the price of the medicine… »

Voilà, c’est tout pour ce soir.

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