Les Adieux ne durent jamais, Jim et Laurent Bonneau submergent âme et esprit

On avait qualifié L’Etreinte de Jim et Laurent Bonneau d’OVNI unique et sensuel, bourré d’émotion. Et voilà qu’ils récidivent, complices et lucides, émouvants, sur ce qu’est l’amitié, le père et le deuil. Dans Les Adieux ne durent jamais, Jim est au scénario et lettrage, Laurent Bonneau aux dessins et couleurs. Quand on écrit sur le duo il faut peser ses mots, les choisir à bon escient. On l’a déjà dit car leur oeuvre est d’un niveau qui atteint, quoiqu’en pensent sûrement des esprits chagrins ,des sommets. Sans flatterie, avec amitié sûrement. Cette fois encore, écriture, suspense, dessin font un tout qui submerge l’esprit et l’âme. Sous la bienveillante et très qualifiée direction d’Hervé Richez.

Des copains musiciens, un projet de voyage pour Lydie qui passe sa thèse et qu’ils adorent, un road trip entre eux pour le kiff, mais tranquille car ils n’ont pas encore le niveau pour exploser une scène. Mattéo, Victor et Lennon, un rêve de petit-frère mort. Un secret de famille ? Mattéo a perdu son père mais il s’en fout et est un peu remué. Il demande à sa mère interloquée. L’amour filial n’a jamais été privilégie dans la famille. Départ du trio dans une bagnole pourrie. Découverte de la rude réalité des voitures d’occasion. Victor et Lennon sont soucieux car si Mattéo semble aller bien il vaut faire gaffe à lui. Nonchalant et c’est parti. Radio cassé et la vérité de Mattéo. La soutenance c’est du flan. Lydie est à la Courneuve et ils vont sur la Côte Basque.Succession du paternel fantôme qu’il n’a v u que pendant ses cinq premières années Mattéo, la maison, les clés, vider. Trois potes c’est mieux. Le rapprochement tardif a été impossible. Près de Saint-Jean-de Luz (endroit magique) la baraque fermée, les clés planquées, clean mais neutre la maison sauf une grande tête de clown à la Bowie. Le père a été disquaire à une époque. Etat des lieux et un post-it sur la glace de la salle de bain, Je suis toujours en vie. Déchiré dans la main de Mattéo. Sale blague. Promenade près du port et vers l’Airbnb qui n’a que deux chambres. Mattéo décide de retourner dormir dans la maison de son père, retrouve ses vêtements. Une platine et Bowie, le regard du père dans un cauchemar et à nouveau un post-it, Je suis encore envie.

Le train est lancé, l’histoire est sur ses roues, ses bases. La suite c’est en finesse chez le père et les question se posent. Mort en mer, disparu, pas de corps. Alors ces messages ? Le deuil pense Mattéo est une convention, une forme imposée à l’absence pour éviter qu’elle ne déborde. Pourquoi finalement Mattéo se soucie de ce père inconnu ? Car il va peu à peu le redécouvrir presque contraint et forcé. Figure du père, amitié, prise de conscience. Scénario et dessin ne font vraiment qu’un. Des scènes de vie où la mort a donné le tempo mais n’empêche pas l’amour, les lignes de la main, Anna-Maria. Des tons colorés qui planent sut le trait, l’histoire et un jumeau qui refait surface. Doit-on mourir pour parler aux être chers laissés dans leur peine ? Une réussite que ce soit graphique ou narrative. Jim et Laurent Bonneau, bravo. La BD de l’été.

Les Adieux ne durent jamais, 322 pages, Grand Angle, 29,90 €

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