Encordée avec une ombre, la lumière des sommets

L’Occupation en 1942, des amies de classe et une mise en page qui alterne face à face texte et planche BD, Encordée avec une ombre de Tomas Luksenberg est un livre initiatique qui repose aussi sur une tragédie. On a une quête, celle de Madeleine pour laquelle la montagne va être salvatrice. On est inévitablement pris par le texte, le trait sans bulles, la conception même de l’ouvrage. De l’émotion et un clin d’oeil dont on ne peut rien dire. Un univers qui envoûte et débouche sur des paysages, des visions que seule la haute montage procure. 

Deux jeunes filles qui deviennent amies pendant la guerre, un chien, Madeleine a un flash pour le cousin de son amie Anna qui joue du piano. Qui part définitivement. Joseph lui aussi a disparu. Il était fou de montagne. Madeleine ne peut qu’imaginer leur destin. Elle se promène en pensant à eux, voit des fantômes qui marchent dans la forêt. Bombardements, la cave, son père lui parle des rafles et elle commence à tousser. Il faut qu’elle aille en sanatorium au pied des montagnes. Qui la font rêver. Les glaciers, les débuts de l’apprentissage de l’escalade, la découverte des gestes petits et économes, Madeleine observe. Chaussons, feu de bois et le retour à la maison où vivait Anna. Madeleine est encordée à une ombre.

Une course de la mémoire, la volonté de ne pas oublier, endosser une passion comme exutoire, Madeleine offre avec douceur et sincérité sa course vers la lumière des sommets. Chamonix est un écrin rare parfait pour cette course vers le bonheur et aussi le dépassement de soit, le chagrin que l’on veut expulser, essoufflé sur les pentes. Poétique et chaleureux. Un beau moment de lecture.

Encordée avec une ombre, 176 pages, Guérin, 23 €

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