Une exposition inédite du 19 février au 21 mars 2026 à la galerie Huberty & Breyne, Paris | Matignon, Ilan Manouach poursuit l’exploration magistrale de cette piste de recherche entamée avec Onepiece (2022), dont l’intégralité du tirage s’est vendue en trois jours et a généré des dizaines de milliers de réactions en ligne par les communautés de fans.

La pratique récente d’Ilan Manouach interroge la bande dessinée comme corpus quantifiable, ensemble de données susceptibles d’être agrégées, comprimées, réorganisées selon des logiques non-narratives. L’exposition présente ainsi cinq nouvelles œuvres monumentales : DragonBall, Naruto, DetectiveConan, Bleach et Berserk — comprimant des décennies de publication sérialisée en un volume unique, monolithique. Chaque œuvre est protégée par un étui conçu sur mesure et numéroté.

Le geste est d’une simplicité dévastatrice : transformer le récit feuilletonesque en sculpture par sabotage matériel. Ce qui fut lu page par page, chapitre par chapitre, dans l’attente du prochain épisode — ce qui incarna le temps vécu, l’anticipation, le vieillissement simultané du lecteur et de l’auteur — devient ici masse totalisée, dataset physique rendu illisible par sa propre exhaustivité. L’œuvre « littéralise » le fantasme de l’archive intégrale : des milliers de pages par volume constituent l’équivalent analogique de bases de données que les algorithmes d’apprentissage ingèrent aujourd’hui par millions d’images. Mais là où la machine traite le corpus invisible, Manouach le matérialise en poids brut. L’archive complète devient l’archive ensevelie. La logique du manga — fragmentation industrielle, sérialisation, circulation digitale — se voit compressée en objets d’une radicalité formelle qui dialogue avec les questions contemporaines de stockage, de traitement computationnel de l’information visuelle, et de transformation du récit en quantité mesurable. Là où les livres d’artiste conceptuels privilégient la page comme unité intime, Œuvres complètes inverse l’échelle : la page devient grain négligeable dans un ensemble trop vaste pour être appréhendé autrement que comme totalité inerte. Enfin, il agrège à son concept un nouveau mécanisme de rareté, attribuant volontairement à chaque objet une occurrence plus ou moins fréquente. Le design, les matériaux et l’histoire associée à ces créations renforcent leur caractère exclusif. Bien au fait que la rareté suscite un sentiment d’appartenance et de distinction chez les collectionneurs, il inscrit ces objets déclinés en catégories Bronze, Silver ou Gold dans une logique économique et culturelle aujourd’hui prédominante dans l’espace public.

En arrachant le manga de son contexte natif pour le monumentaliser dans l’espace muséal occidental, Manouach produit l’équivalent physique de ce que l’intelligence artificielle opère silencieusement : la réduction du récit en matière première, en corpus traitable. C’est la mort pulsionnelle de l’édition faite sculpture : tout à la fois, et donc rien du tout. Ilan Manouach, artiste conceptuel et chercheur FNRS affilié à Harvard, se situe à un rare carrefour entre pratique artistique et recherche scientifique. Depuis deux décennies, il mène une investigation radicale sur les structures éditoriales et les économies de la bande dessinée. Son œuvre — de Katz (2011), réappropriation intégrale du Maus de Spiegelman, à Tintin Akei Kongo (2014), restitution critique traduite en lingala, en passant par Shapereader (2017), bande dessinée haptique pour lecteurs aveugles, jusqu’à Fastwalkers (2021), première bande dessinée entièrement générée par intelligence artificielle — dessine une cartographie conceptuelle sans équivalent. Kenneth Goldsmith l’a décrit comme « le Marcel Duchamp du XXIe siècle ».
- DRAGONBALL : 7800 pages, 168 mm x 252 mm x 739 mm, 24,5 kg Édition Gold : 1 exemplaire numéroté 1/50Édition Silver : 4 exemplaires numérotés de 2 à 5/50 Édition Bronze : 45 exemplaires numérotés de 6 à 50/50
- NARUTO : 13852 pages, 154 mm x 256 mm x 806 mm, 24,9 kg Édition Gold : 1 exemplaire numéroté 1/50Édition Silver : 4 exemplaires numérotés de 2 à 5/50 Édition Bronze : 45 exemplaires numérotés de 6 à 50/50
- BERSERK : 9046 pages, 171 mm x 247 mm x 855 mm, 28,5 kg Édition Gold : 1 exemplaire numéroté 1/50Édition Silver : 4 exemplaires numérotés de 2 à 5/50 Édition Bronze : 45 exemplaires numérotés de 6 à 50/50
- BLEACH : 14428 pages, 154 mm x 256 mm x 839 mm, 25,6 kg Édition Gold : 1 exemplaire numéroté 1/50Édition Silver : 4 exemplaires numérotés de 2 à 5/50 Édition Bronze : 45 exemplaires numérotés de 6 à 50/50
- DETECTIVE CONAN: 18344 pages, 154 mm x 246 mm x 927 mm, 28,2 kg Édition Gold : 1 exemplaire numéroté 1/50Édition Silver : 4 exemplaires numérotés de 2 à 5/50 Édition Bronze : 45 exemplaires numérotés de 6 à 50/50
- Reliure : SongYi Han
- Design de la couverture : Antoine Graff
- Texte : Version originale
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