Deuxième opus consacré à nos deux héros mais cette fois on applaudit à deux mains. Diabolique c’est un ouvrage exhaustif et de référence sur l’un des plus mythiques albums de Jacobs, le Piège du même nom. Certains diront que c’est La Marque Jaune, d’autres Le Secret de l’Espadon qui est le meilleur Jacobs. Peu importe, l’oeuvre se tient en un seul souffle. Thierry Bellefroid est journaliste, grand spécialiste de BD et surtout travailleur acharné qui a réalisé une série d’émissions sur la vie de Jacobs. Avec lui Eric Dubois, agrégé, normalien, il a mis en place des expositions sur le dessinateur. A eux deux il donne la possibilité de se plonger au plus profond de cet album à nul autre pareil, aux voyages temporels de ce bon Mortimer que l’affreux Miloch a envoyé se perdre dans le passé et le futur. Sauf que Mortimer c’est un malin. Mais que le Piège sera aussi le début de la fin pour Jacobs.

On va donc tout savoir sur le PIège et en découvrir les planches originales grâce entre autres les archives laissées à la Fondation Jacobs par l’auteur de Blake et Mortimer de son vivant. La Bove par un jour gris, un message, et on rejoint Mortimer qui cette fois joue en solo. Des feuilles de notes on ploge dans les coulisses de la création du Piège diabolique. Une combinaison digne d’un spationaute et la machine infernale, le chronoscaphe pourtant en un sens merveilleuse. Il y aura une étape préhistorique, une autre médiévale avec une gente demoiselle que Mortimer sauve avant de reprendre son périple face aux révoltes paysannes. Viendra enfin le futur post-apocalyptique, une Terre dévastée qui ne plaira pas à tous. La couverture de l’album est superbe. Comme on le revoit les dinosaures se déchirent. Et pour Miloch si au passage Mortimer était leur quatre heures… Les images sont scandées par les textes tous plus passionnants, travaillés les uns que les autres. Les travaux préparatoires sont à eux-seuls des merveilles d’un trait d’une qualité évocatrice incomparable.

Epée ou fémur de dinosaures, Mortimer se défend avec les moyens du bord. On lit le scénario, ses corrections. Des gros plans et une fin qui exclue évidemment que les voyages puissent se poursuivre. Sauf que la censure va interdire le vente de l’album, traumatisant soit-disant, par des imbéciles qui sortent d’une guerre qui elle l’a vraiment été. Prévu en 1962 (on est en pleine guerre d’Algérie mais les Français ne sont pas traumatisés ?) il sera interdit jusqu’en 1967 alors qu’un feuilleton radio lui est diffusé librement. Jacobs à plus d’un titre ne va pas s’en remettre, édulcore l’Affaire du collier. Le piège a donc fonctionné mais pas comme Jacobs l’avait pensé. Un album remarquable, à glisser absolument à côté des albums, un cadeau de Noël merveilleux.
Diabolique, 144 pages, Dargaud, 49,90 €

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