De Théo Grosjean on avait aimé Le Spectateur, déjà l’histoire d’un solitaire ou Elliot au collège. Le Petit gendarme est l’histoire de Riquet que l’on va suivre dès la naissance entouré de personnages aux visages gribouillés ou aux figures géométriques. Un détail et non des moindres il nait dans une caserne de gendarmerie. Ce qui est à la fois pas banal et très spécial. Théo Grosjean ouvre un cycle de trois albums sur cette enfance de Riquet petit garçon puis ado angoissé, une autofiction dans un monde très fermé, en caserne, pas facile d’accès, celui de la gendarmerie, modèle même de l’ordre et de la loi qu’elle applique.

Riquet a des couches dans son parc entouré de gens qui font des sons. Il découvre un autre monde en passant la porte du palier. Et hurle. Il a peur. Ne comprends pas et essaye de répondre. Peu à peu ses yeux s’ouvrent sur la réalité, sur sa mère, sa soeur, son frère. Il est toujours à la recherche de sa maman, joue avec Colinet son frère et il ya aussi un type bizarre, celui qui a un visage mutant en boule de triangles. Pas vraiment sympa avec sa mère et portant un uniforme bizarre. Une grosse voix le paternel. Il est gendarme le papa et la famille vit en caserne avec les autres. Balthazar c’est le nom du papa qui d’abord a été marin, mousse. Et intègre ensuite un escadron de gendarmerie à Marseille puis Grenoble. Dans la caserne les gendarmes sont toujours disponibles au cas où. A l’époque toutes les femmes sont des mamans, les gendarmes des hommes. Et parfois des types avec des menottes. Et Riquet se pose des questions sur les Arabes. Son papa lui montre son arme, un automatique Sig Sauer.

Un milieu et un environnement que l’on découvre au moins pour ceux qui ne viennent pas du même milieu, celui de l’armée en général. Un monde à part qui vit en autarcie avec ses règles, ses usages, sa hiérarchie entre enfants d’officiers et les autres. Une mère croyante, pratiquante, Riquet se prend pour un ange. Qui deviendra-t-il ? Une très précise chronique de ce qu’est la société française, la rentrée à l’école et l’étiquette, le petit gendarme qui va découvrir au fil du temps le visage de son père Balthazar qui fait de lui son seul interlocuteur familial. Avec en prime un voyage en Guyane pas piqué des vers chez un demeuré. On est accroché jusqu’à la dernière page.
Le Petit gendarme, 160 pages, Les Livres du futur, 23 €

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