Franco, l’Espagne sous tutelle et un Français qui veut y faire fortune. Antoine n’aime pas recevoir des leçons et, un brin anarchiste, il est prêt à tout pour gagner des pesetas. Salud est une chronique assez désespérée et désespérante face à un héros à qui on a envie de flanquer des baffes en permanence. Une histoire vraie d’après Philippe Thirault qui a rencontré Antoine déjà âgé et qui lui a raconté son périple espagnol. Nadar a mis un visage, une ambiance très forte, sans concession, graphiquement soignée sur cette fugue en Galice qui va tourner en drame social et moral.
Antoine a en assez de livrer des bouteilles de vin en France. Il part en Espagne après avoir coupé les ponts avec les siens. Au passage il a embarqué sa nouvelle épouse espagnole, Iria, plus vieille que lui et s’installe chez ses parents à La Corogne. Anxo le frère d’Iria va les aider à trouver un local pour monter un restaurant mais seule Iria en sera propriétaire selon la loi espagnole qui interdit aux étrangers de posséder une affaire en bien propre. O Bistro ouvre ses portes et c’est le succès mais Antoine n’a pas bien pércuté que l’Espagne sous Franco est un état policier. Se dire anarchiste est dangereux mais Anxo le protège. Antoine grisé par le succès commence à dépenser beaucoup d’argent et se met à boire. Il assiste à des arrestations musclés et son visa expire bientôt.
On s’arrête. L’aventure galicienne est loin d’être finie pour Antoine qui est, malgré un bon fond (encore que), un sombre crétin dangereux et méprisant. C’est au moins l’impression que l’on en a à travers ses attitudes désinvoltes et violentes. Et pourtant on aimerait lui trouver des excuses. On y ajoute le poids du franquisme, la délation, les pots de vin. Il est pris au piège Antoine, solitaire, incapable de gérer et sa vie va devenir un cauchemar, une fuite sans fin. Ce Salud ne laisse pas indifférent. Il y a du répondant. Antoine est un cas douteux qui ne comprend pas ce que vivent depuis plus de trente ans les Espagnols. Un vrai chien dans un jeu de quilles qui étonne, révolte et émeut aussi.
Salud ! Futuropolis, 19,50 €
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