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Kaboul Requiem, captif au bout de la folie

Kaboul Disco avait marqué les esprits. Cette suite, Kaboul Requiem, un thé avec les Talibans, aura sûrement le même impact. Nicolas Wild y raconte la détention du journaliste Sean Langan en 2008 en zone tribale pakistanaise. A vouloir interviewer un chef pachtoune taliban, Langan va être pris au piège et revenir sur son passé dans un pays en proie à tous les conflits, souvent incompréhensibles pour une mentalité occidentale. Sans oublier des épisodes surréalistes comme quand Langan est en contact avec le standard de sa chaine TV en Angleterre qui remet sur répondeur alors qu’on le menace d’une arme. On est pris aux tripes par ce bouquin, en sachant, qui plus est, que le courage d’un journaliste est inutile face à l’obscurantisme et le fanatisme religieux. Le dessin est à la hauteur de la force du récit dans lequel, oublié de tous Langan, va approcher de la folie. Et aura toutes les difficultés à raconter sa captivité.

2014, Langan n’arrive pas à se mettre à écrire son bouquin sur son expérience d’otage des Talibans. Il est fauché et mis à la porte de chez lui. Il part en Argentine et dans l’avion se confie à un inconnu qui, en fait, va au même mariage que lui et qui, comme lui, a vécu en Afghanistan, fréquenté les mêmes lieux. En 2008 Langan est revenu au Pakistan pour essayer d’interviewer le chef Haqqani suspecté d’être un membre d’Al-Qaïda. Langan est contacté par la CIA qui aimerait qu’il travaille pour eux et surtout essaye d’avoir des nouvelles d’un journaliste américain enlevé. Il retrouve son fixer Sami qui doit lui ouvrir les portes et le mettre en rapport avec Haqqani. Mais dès le départ tout dérape. En particulier avec une question saugrenue sur les habitudes intimes des Talibans. Mais c’est dans le village du chef Nour Khan que Langan et Sami sont enfermés. Ils sont accusés d’espionnage et peuvent être exécutés. Commence alors un jeu malsain de chat et de la souris entre ses ravisseurs et Langan. Sous l’œil bienveillant de Nour Khan.

Les violences morales sont incroyables. Ce seront les règles d’hospitalité pachtounes qui sauveront le journaliste, obsédé par le conflit afghan. Nicolas Wild et Sean Langan livrent un récit d’un réalisme incontournable. Prix France Info de la BD d’actualités avec Ainsi se tut Zarathoustra, Wild donne des clés précieuses, précises sur un conflit qui dépasse encore une fois notre logique. Des règles d’honneur face à l’horreur, qui peut vraiment comprendre si ce n’est un témoin comme Langan qui n’est pas évidemment un personnage de fiction. Un ouvrage important, saisissant.

Kaboul Requiem, Un thé avec les Talibans, La Boîte à Bulles, 19 €

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