Le fait divers, une source intarissable de profits encore aujourd’hui pour les média, TV ou autre. Mais c’est la presse quotidienne qui en a été le moteur au début du XXe siècle. Le plus sanglant possible, horrible, le FD comme on dit sur le métier était la priorité à la Une. Les Crieurs du crime de Sylvain Venayre au scénario que l’on avait interviewé et les très doué Hugues Micol au dessin en retrace la montée en puissance avec la clé la peine de mort, un sujet d’autant plus grave qu’une partie de la population française n’est s’est pas faite à son abolition. On l’a entendu récemment dans la bouche d’une proche d’une victime. Reste que le FD fait vendre, fait du taux d’écoute, peut être monté en épingle pour un public qui en redemande. Se souvenir aussi qu’au début du XXe siècle et jusqu’à l’apparition de la TV le journal papier était roi, avait la priorité de l’information publiée le matin, voire très puissant comme dans l’Affaire Dreyfus et le J’accuse de Zola. Insécurité ressentie oui mais finalement le voyeurisme, rien n’a changé. Ni oublier que les liens entre journalistes, policiers, magistrats dans ce genre d’affaire ne sont pas toujours très clairs.
A travers ce fait divers célèbre l’affaire Soleilland on assiste à un feuilleton au quotidien où tous les journaux vont chercher le scoop. Rien que de très naturel mais la politique va aussi être dans la course car en 1907 l’avenir de la peine de mort est déjà évoqué. Falllières et Clemenceau, on l’a oublié, voulaient déposer un projet d’abrogation bien avant Badinter. Mais dans l’esprit du public la peine de mort les protège. Venayre et Micol dont le trait, les ambiances sont dans le juste ton de l’affaire (un clin d’œil à Fernandel ?) racontent aussi l’histoire de la presse écrite. Le reporter enquêteur n’est pas encore né dans les romans, après Holmes ou Lupin. Rouletabille reporter et Gaston Leroux vont se lancer aussi en 1907 avec le Mystère de la chambre jaune. Un album très bien fait, passionnant et évidemment qui rappelle beaucoup de souvenirs de terrain. Le scoop, le Graal quoiqu’il coûte. C’est vrai.
Les Crieurs du crime, La belle époque du fait divers, Éditions Delcourt, 23,50 €
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