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Sortie de route, dérapage incontrôlé avec Tronchet

Un coup de cœur, et une avant-première car l’album est prévu pour le 18 janvier. Sortie de route est signé par Didier Tronchet. Il nous a concocté une petite balade dans laquelle le destin prend un bien curieux visage et joue un tour quasi démoniaque à un brave type finalement qui va réapprendre à vivre, contraint et forcé le bougre. Ce qui ne va pas aller sans quelques désagréments mais dans la vie on n’a pas tout gratuit. Didier Tronchet a de l’humour, un dessin qui vibre, toujours si percutant et doux à la fois, des idées qui surprennent et laissent pantois. Oui, déconcerté mais séduit. Il faut le faire et surtout être capable de tenir la distance. 

Ah Régis, si il n’existait il faudrait l’inventer. Un pointilleux, un organisé qui aime autant les surprises qu’un banquier d’affaire ou un politicien véreux. Il part en vacances avec sa femme, la douce Valérie. Il a tout prévu. Un dernier rendez-vous sur la route du soleil, les billets, les hôtels, les papiers d’identité, le tout dans une pochette jaune. Elle l’a prise la pochette, Valérie ? Et la glacière ? Ben non. Elle a zappé. Ils n’ont plus qu’un fond de grenadine que Valérie boit goulument. Et rajeunit de trente ans d’un coup. Il est stupéfié le Régis et se demande bien qui est celle gamine à côté de lui qui en plus ne le reconnait pas. Une seule solution, les gendarmes qui sont des spécialistes des choses bizarres, c’est bien connu dans la campagne. Sauf que cela pourrait être compliqué d’expliquer comment sa femme a rajeuni et ce que fabrique une gamine avec lui. Pourrait y avoir méprise. Sa belle-mère peut-être ?

Il n’est pas sorti de l’auberge Régis. Et nous non plus car il fait dans le fignolé Tronchet, dans le grandiose tourmenté. On finirait par le plaindre Régis mais la rédemption du cadre limite burn-out sacrifiant tout sur l’autel du patronat, ça a un prix. Il débloque mais ça passera. On le suit de près car Tronchet fait dans la proximité narrative. Le purgatoire il vit Régis. Bien fait, mais elle va lui apprendre à revivre la gamine. Une belle leçon pour tous ceux qui passent à côté des joies simples du quotidien en éludant qu’ils ne sont pas éternels et qu’on les oubliera très vite dans leur boite pour laquelle ils ont tout sacrifié. Très touchant, humain et un beau pied de nez à méditer.

Sortie de route, Glénat, 19,50 €

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