Du maritime avec phare, naufrage, survivant tatoué, Soeur des vagues ratisse large, de façon assez classique mais avec une belle efficacité. On est dans un thriller où la mer joue un rôle incontournable. Le suspense s’accroche aux rochers comme les bernacles. Ce Signé Mikaël (Harlem) et Tristan Roulot (Chroniques diplomatiques) est travaillé, subtil. Un fil rouge et des destins qui vont se percuter sur un dessin très sûr, riche, avec de belles ambiances. Trois hommes vont semer doute et pagaille dans une communauté de femmes dures et prêtes à tout.

Des récifs, une épave, un survivant qui échoue sur une rive face à une poignée de femmes en pleine tempête. Deux types pas nets roulent en Ford T et s’interrogent sur des chargements d’alcool qui disparaissent avec les bateaux qui les transportent. Dans le phare la jeune Maria nettoie la lampe élément vital. Son père, Balane, le gardien est énorme et a pour maîtresse Bessie Tache-de-vin. Le survivant est tatoué sur tout le corps. Il est à l’auberge de la Jacques à Peggy’s Cove. Il est amnésique mais Balane ancien marin aura peut-être une idée en voyant ses tatouages. Les deux types, Bambi et Croxi, arrivent à l’auberge et disent chercher un bateau qui aurait déjà du être arrivé à Portland. Le seul attendu c’est L’Albatros des pécheurs de morue. Mais l’aubergiste fait une erreur, parle de voilier alors qu’on ne lui a rien dit. Un des types porte un flingue et n’aime pas les menteuses. Ils prennent une chambre quand arrive Frau Mauser qui a un sacré caractère et se méfie. Il ne faut pas qu’ils voient le rescapé enfermé. Maria à l’école ne veut que rentrer chez elle dans les Caraïbes. Elle est indienne et a été adoptée. L’institutrice est enceinte. Pas d’hommes dans le village. On est en 1914.
Peu à peu, Roulot lâche les indices, construit le cadre, place ses personnages et leur vie. Il y a aussi une trame sociale sur l’avenir du village, les projets de Frau Mauser, sa fille Velma. Mais il faut de l’argent. Le phare est lui aussi important, un instrument de travail détourné. Prohibition, violence et évidemment un secret bien enfoui. On sent la montée en puissance, et on a des doutes. Les femmes seules se serrent les coudes mais au final pourquoi. Les deux auteurs qui habitent au Québec travaillent ensemble avec cet album pour la première fois. On est pas loin de Hitchcock dans ce huis-clos au sel des vagues à Peggy’s Cove qui existe vraiment, village de pionniers où ce polar qui mixe les intrigues aura en fait une fin unique. Mais peut-on s’en échapper ? Un album qui flirte avec la perfection et qu’on verrait bien sur grand écran.
Soeurs des vagues, 112 pages, Le Lombard, 21,95 €




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