C’est le personnage le plus universel et charismatique de Jules Verne. Le capitaine Nemo et son Nautilus, héros de Vingt mille lieues sous les mers et de L’Île mystérieuse reprend du service grâce au duo complice François Schuiten et Benoît Peeters. Une brève parenthèse, ce n’est pas la première fois que Nemo revient et on citera pour exemple Nautilus de Mariolle et Grabowsky. Sauf que cette fois Nemo va se retrouver à bord du Nauti-poulpe, un hybride qui va suivre les traces géographiques des Cités Obscures bien connues, Brüssel, le Mont Analogue ou la forêt de Megara, pour finir à Amiens où est mort Verne auquel les auteurs rendent un vibrant et bel hommage. Sans oublier l’éditeur Hetzel sans lequel Verne n’aurait jamais été ce qu’il est devenu. Le Retour du Capitaine Nemo est donc à la fois une création audacieuse, dans la pure lignée des ouvrages du XIXe siècle sur un trait de Schuiten qui n’est pas sans rappeler celui des illustrateurs de la maison Hetzel. Le ton y est aussi avec les dialogues et le scénario de Peeters. On est obligatoirement séduit tant l’objet est beau, la mise en page éclairée avec ce qu’il faut de nostalgie et de rappels d’époque. Un mélange subtil de noir et blanc qui amène à la couleur aux teintes elles-aussi surannées. Et des surprises à la fin, sans fin.
Il ne sait plus où il habite le Capitaine Nemo. Une nuit sans fin et comment a-t-il pu se retrouver dans un Nauti-poulpe, créature à la fois vivante et mécanique ? Dans son sous-marin le Nautilus il a affronté un poulpe géant, ensuite seul à bord il a en secret aidé les naufragés de l’Île Lincoln. Invincible le Nauti-poulpe, une greffe a fait naître un hybride ? Nemo se souvient de ses origines, de sa vengeance et du Nautilus qu’il a construit en secret. On le prenait pour une baleine quand on le croisait. Rappel de ses invités obligés à son bord, de la publication du roman de Verne qui racontait ses aventures. Le Nauti-poulpe est trait d’union qui va relier la vie de Nemo. Notre-Dame, Empire State ? On rentre à la maison.
Est-ce que le Autour de Jules Verne en fin d’album s’imposait ? Il y a du pour et très peu de contre. On en apprend bien sûr énormément sur Verne et Hetzel, sur Paris au XXe siècle découvert en 1994, un inédit qui avait été refusé par l’éditeur assez disons-le autoritaire avec son écrivain fétiche. Si on y rajoute les illustrations de François Schuiten pour le Paris, on dira que cela forme un tout. Reste qu’on sort de l’univers du retour de Nemo dont le souvenir a ensuite tendance à s’effacer. Mais bon, on est quand même subjugué, charmé par cette aventure, ce voyage qui en plus rappelle quelques-uns des meilleurs souvenirs de lecture que l’on a pu avoir plus jeune.
Le Retour du Capitaine Nemo, Les Cités obscures, Casterman, 26 €
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