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La Tomate, crime d’état

Un monde aseptisé, où tout ce qui peut subsister d’avant doit être détruit mais dans lequel il peut aussi il y a voir une résistance. Dans La Tomate c’est le procès d’une femme que raconte Anne-Laure Reboul et Régis Penet au dessin qui a également collaboré au scénario. Anne Bréjinski a osé faire pousser un plan de tomates, un crime, dans une société hiérarchisée où tout est régi par des multinationales. On a froid dans le dos car le tour de force des auteurs est d’avoir rendu parfaitement crédible ce monde que l’on comparera trop facilement à celui de 1984 avec en toile de fond les perturbations climatiques, les accidents divers et variés qui détruisent chaque jour un peu plus une planète qui se meurt.

Face au tribunal Anne Bréjinski répond des actes qui lui sont reprochés, avoir fait pousser des tomates, un crime d’état. Mais qui est-elle, un membre du deuxième cercle, service d’épuration d’objets. Elle fouille les immeubles où habitent les femmes et les hommes du troisième cercle. Elle y récupère les résidus, des objets du passé. Cette fois c’est un journal mais dans lequel est glissé un sachet de graines. Elle détruit le journal et vérifie si les graines sont dangereuses. Ce qui n’est pas le cas et elle les garde. Son supérieur a un doute. Anne a agit par instinct et a dissimulé à son compagnon, Boris, son action répréhensible. On est après le grand retranchement qui a remis en cause la vie de tous, avec même des exterminations. Il est interdit de cultiver ses propres semences, l’eau est devenue une rareté et Anne comprend que c’est de cela dont ont besoin les graines de tomates. Le manque d’eau pourrait bien pousser les plus humbles à la révolte mais pour Anne c’est enfin le plan de tomate qui se met à grandir.

On fait les enfants sur commande et avec autorisation. On ne les porte pas, on les récupère. Accompagnements cérébraux, contrôler la pensée, mais n’y-a-t-il pas des résistants parmi les nantis du première et second cercle et les futurs révoltés du troisième ? Anne va aller au bout face à ceux qui ont banni les temps barbares de la famine, de la mal bouffe, des guerres. Anne va être le bouc émissaire, la révoltée consciente. Tout est sous contrôle de sociétés hyper puissantes et sans pitié, fascisantes en fait. Beaucoup de clarté dans le découpage, les textes, la mise en page et le dessin. Un album impressionnant et angoissant.

La Tomate, Glénat, 19,50 €

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