Catégories : Albums

Sous les galets la plage, Rabaté, amour vainqueur

Pascal Rabaté on l’avait découvert avec Ibicus à la fin du siècle dernier (il était venu à Montpellier), après Le Petit rien tout neuf puis dans le désordre Les Petits ruisseaux, Crève saucisse, La Déconfiture, Didier. On a tout fait pour ne pas en louper un seul de ses albums. On n’oublie pas le génial Fenêtres sur rues. Sous les galets la plage, c’est son dernier et ce n’est pas rien. Fin d’été 1962 et trois copains sont à Loctudy, au bord de la mer. Des futurs dirigeants, des têtes bien faites sauf qu’il peut y avoir un os dans la soupe, le potage, le caviar. Et un os ça peut avoir du charme, pourquoi pas. Mais quand tout part en vrille, un os ça peut rester aussi en travers.

Albert, Francis et Édouard font les puces en Lacoste, chinent un peu et rejoignent la villa familiale. Qu’ils vont garder sans les parents gros bourgeois. La liberté, la vraie avec une cave de bons vins à visiter si possible. Virée nocturne sur la plage et feu de bois, un classique à l’époque. Quand débarque une jolie blonde, Odette, cheveux courts et bain de minuit à poil avant qu’elle ne s’échappe. Regrets des garçons qui vont l’attendre sur la plage les jours suivants. Mais c’est au marché qu’ils le retrouvent Odette, en vérité Juliette qui accepte une invitation à diner d’Albert futur officier. Les trois copains sont fascinés et se livrent, lui disent qu’elles sont les maisons fermées. Elle leur propose d’aller y faire un tour pour voir comment c’est à l’intérieur.

Faut pas lui en promettre à Odette-Juliette et Rabaté fait une chronique sociale très pointue, judicieuse et plus que crédible. Milieu haut de gamme, famille cadrée et route tracée, comment vont-ils se tirer de ce joyeux bazar les compères ? Ne pas en dire plus, ce serait dommage. Rabaté a une belle maîtrise de son sujet, de ses personnages, de la psychologie d’un environnement qui ne pardonne rien. On est en 1962. L’amour peut ne pas être simple dans certaines familles. Et coûter cher. Même si on va à confesse. La narration est un bonheur, le dessin est d’une spontanéité émouvante. De belles touches colorées. Rabaté a confectionné une pièce en actes majeurs, le scénario est riche, surprenant, tendre aussi. Sa définition de la culture est sublime. Une superbe œuvre encore une fois, sincère et juste.

Sous les galets la plage, Rue de Sèvres, 25 €

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