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Mort & Vif, une symphonie en noir majeur

Un brave type par désespoir amoureux fait croire à sa fiancée qu’il est mort et s’embarque avec un musicien sur le retour dans un road-movie sans repères. En prime sa boite a été vendue et tout le personnel viré, le patron en fuite avec le pognon. Noir c’est noir, cette histoire de voyage au bout on l’espère d’un rédemption face à une crise sociale de plus en plus dure et fréquente liée à une compétitivité perdue. Mort & Vif étonne, détonne et interpelle. David Prudhomme a mis en images le texte de Jef Hautot de superbe manière. Il y a un vrai souffle graphique dans ce personnage ombrageux et ombragé qui se promène entre réel et imaginaire mais revient toujours à sa vie de paumé malgré lui.

Philippe Moline dit Flip se fait virer par sa fiancée à qui il fait croire sa mort. Devenu l’ombre de lui même avec deux grands yeux tout rouge, il part en vadrouille nulle part dans une voiture pourrie conduite par Trashy, un musicien déglingué. Au passage ils croisent le patron de Flip qui prépare sa cavale après avoir bradé sa société, une usine d’ ouvres-boites à clé et pique la caisse. Flip et son copain dévale routes et plaines, montagnes et collines ardéchoises sans négliger pastis et prouesses de conduite hasardeuses. Dans sa somptueuse villa le patron est rattrapé par ses employés en colère qui lui casse la figure avant d’envahir les lieux. Flip flippe de plus en plus dans la caisse de son pote. Le patron réussit à s’évader après avoir fait la démonstration que l’ouvre-boite qui a des qualités face à l’anneau facile qui pourtant ne marche jamais de la boite de conserve. Et comme le hasard fait parfois bien les choses, la rencontre au sommet entre la patron et son ex-employé va faire un joli tas de ferraille. Il y aura bien une ordure pire que la patron pour tirer les marrons du feu.

Philippe Moline mérite de s’en sortir si ce n’est que pour retrouver des couleurs. On est vraiment à ses côtés dans le remarquable découpage de Prudhomme. Pas une case de trop, un vrai talent de la progression dramatique. L’œil colle à l’histoire de cette ombre qui ne demande qu’à être aimée. Pas tous les jours qu’on fait à sa belle une Tour Eiffel en ouvre-boite. Chronique sociale bien vue avec le DRH qui s’en tire à chaque fois. Faut bien un bourreau. Il y a aussi de la poésie teintée de désespoir dans ce récit qui ne s’embarrasse pas de contraintes. C’est là que Prudhomme confirme sa réussite. Tout fait corps, sans fausse note, une symphonie en noir majeur.

Mort & Vif, Futuropolis, 19 €

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