À la Dérive, Berberian décapant philosophe

Un ours blanc fataliste et un pingouin égoïste, avec pour seul territoire commun un petit morceau de banquise qui fond, c’est limité comme décor et on est loin d’une super-production hollywoodienne. Et pourtant avec À la Dérive, recueil de dessins signés par Charles Berberian pour Philosophie Magazine c’est un voyage au plus profond de l’âme humaine par animaux interposés auquel on est invité. Humour certes mais aussi réalisme pur et dur, sourires en coin, philosophes les deux compères débattent de tout. Comme le rappelle Berberian, « se moquer de la philosophie c’est vraiment philosopher ». Signé Pascal Blaise.

À la DériveUn grand costaud et un petit tordu agaçant, des cases qui s’appuient sur une phrase d’un grand philosophe, ainsi fond le glaçon. Complices unis pour le meilleur et pour le pire. Un pingouin glouton manipulateur qui mériterait parfois de se faire bouffer. L’ours le lui a promis mais mort, pas vivant. C’est déjà ça. Autour d’eux l’océan se meurt et ils ont même le culot d’exploiter un morse. Ils nous ressemblent et comme l’a dit Voltaire « si Dieu nous a fait à son image nous le lui avons bien rendu ». Dieu serait-il un vieux chausson aux pommes ? Dixit le plantigrade. Sauf que Dieu doit être un pingouin parce qu’il n’est pas assez con pour être un ours. Gonflé le cousin du manchot.

Petit traité de philosophie
Berberian ®

Une leçon de vie qui « est un court exil » dixit Platon. Un bouquin indispensable pour ceux qui présentent le bac philo. De quoi se faire une belle réserve de citations tout terrain. Pour les autres aussi. Les dessins de Berberian sont perspicaces, enjoués, percutants toujours, savoureux, poétiques. On aime bien l’ours, le pingouin énerve. Un pince sans rire qui mérite des baffes, si humain, mais au total le duo fait le poids, iconoclaste. La religion, le désir, la culture ou le bonheur, ce petit traité de philosophie mérite de trouver sa place parmi les grands. Si Sigmund ou Karl, Jean-Paul et les autres avaient pu le lire, leur vision du monde en eut été changée.

À la Dérive, Hachette, 17,95 €