Le Chat du Rabbin T8, une conversion pas très catholique

Il y a un an Joann Sfar se baladait avec Le Chat du Rabbin dans les rues de Bab-el-Oued à Alger dans une quête à la fois philosophique et théologique. Comment vivre ensemble toutes religions confondues sans s’égorger plus ou moins joyeusement ? Cette fois avec Petit panier aux amandes, huitième opus de la série, on passe à un autre registre, plus intimiste, familial presque. Le Chat va tomber dans les bras d’Aline, une jolie blonde, catholique, qui veut se convertir. Le jeune rabbin il va voir des renards. Sauf que, qui c’est qui transmet le judaïsme aux enfants ? La maman. Et ça ce n’est pas de la tarte quand on est juif séfarade. Faut l’avoir vécu, même de loin, pour bien tout comprendre.

Le Chat du RabbinIl s’en fout un peu le rabbin qu’Aline la blondinette veuille se convertir. Mais le futur mari d’Aline, Roger (qui ressemble, mais c’est une impression, à Roger Hanin mâtiné de Philippe Seguin), lui il est très concerné. Comment il va expliquer à la famille, à sa mère, que ses enfants ne seront pas juifs ? Pas de bar mitzvah, de fêtes pour Kippour et on en passe. Oui mais le jeune rabbin lui il voudrait qu’Aline elle ait vu la vierge, façon de parler, ou le buisson ardent. Une conversion on y croit, nom de yahvé. Mais Aline elle ne veut pas semer la panique dans sa future belle-famille. On la comprend. Moralité, le rabbin, il bloque. Aline va prendre des cours avec Zlabya. Le casher ne va plus avoir de secrets pour elle. Mais c’est vrai qu’on ne se pose pas tout le temps du pourquoi quand on est juif. Surtout quand c’est vraiment casse-pied les règles, voire hermétique. Le lait avec la viande, les écailles des poissons, le shabbat… On applique un point c’est tout. Aline elle finit par penser que même Dieu veut la dissuader de devenir juive. Le chat s’en mêle et parle avec Aline. Il lui fait une vraie démonstration, exemples à l’appui. Si elle attend toutes les réponses avant de se convertir elle sera centenaire et toujours catholique. Mais comme il est érudit le chat, il va lui parler des 613 commandements impossibles à pratiquer tous. Ce qui fait qu’un bon juif est stressé. Ou très bloqué dans sa tête.

Conclusion du chat pas très joyeuse : les rituels cela permet de ne pas penser à la mort. Mais c’est foireux. Toujours tentée la blondinette ? Devenir juif c’est pas de la tarte. On se délecte de ses pages pleines d’humour, ce qui dans ce cas n’est pas simple en fait. Sfar y réussit pourtant. Zlabya devient instructrice en judaïsme. Ce qui va déplaire à son époux de jeune rabbin. Et puis on va découvrir dans cet opéra ensoleillé Kindelette, qui signifie petit panier aux amandes. Une dévergondée. Le Roger il va déraper sans le faire exprès. Sa maman de Roger, elle est plus vraie que nature. Promis. Des textes peaufinés, ciselés pour cette bande de traumatisés qui se voilent un peu, beaucoup la face. Le chat parle juste et fort. Comment tout cela va-t-il se terminer ? Beaucoup à la fois de pudeur et de tendresse, de joie, du grand Sfar.

Le Chat du Rabbin, Tome 8, Petit panier aux amandes, Dargaud Poisson Pilote, 14 €

Petit panier aux amandes