On ne présente plus Jacques Ferrandez. Depuis Carnets d’Orient fresque historique unique sur la présence le France en Algérie, ou avec Benacquista pour La Boite noire, avec ses carnets de voyages d’Alger à Cuba, ses adaptations de Camus, de Giono, puis ses Suites algériennes qui vont jusqu’en 2019 couvrant les tragédies d’un pays sous contrôle, Ferrandez s’est imposé par son dessin et la qualité de ses récits, toujours objectifs sur des sujets difficiles, son sens aussi du romanesque. Avec Orients perdus il repart dans le bassin méditerranéen, en Egypte au moment même où un certain Bonaparte y plante le drapeau français, certes de façon provisoire mais grâce à des hommes passionnés tel le héros de ce diptyque, le méconnu Théodore Lascaris, niçois célèbre. Nice, Malte, l’Egypte rien ne va vraiment arrêter ce diplomate conquérant.

Robert Solé dans sa préface met en place hommes et décors. Au lendemain de la Révolution on envoie Bonaparte à la tête de l’armée d’Orient libérer le peuple égyptien sous tutelle des princes mamelouks et les Ottomans, ouvrir une nouvelle route des Indes pour contrer les Anglais. Il y amène une cohorte de savants divers et conquit l’Egypte sauf que la flotte française est coulée à Aboukir. Le vainqueur des pyramides aura vite d’autres priorités en France mais on continue à civiliser l’Egypte. Et Théodore Lascaris de Vintimille est de la partie. 1792 à Nice Lascaris dessine. Une belle ville, riche, un port où jettent l’ancre Anglais, galères sardes. Lascaris aime beaucoup sa cousine fort jolie et Nice appartient au royaume de Piémont-Sardaigne. Nobles et prêtres français s’y sont exilés pour éviter la guillotine mais la France est en embuscade à la frontière. Un charmeur Lascaris et l’armée sarde quitte la ville. Panique à bord et les révolutionnaires s’en donnent à coeur joie, la fraternité ou la mort. Lascaris part à Vintimille où sa famille a le titre de comtes. Dans la foulée, direction Malte dont il est chevalier de l’Ordre dont son ancêtre Jean-Paul Lascaris a été grand maître. Une fois de plus le beau brun se met dans des situations sentimentales compliquées. Coincé à Malte et la France s’y verrait bien chez elle. Bonaparte et Junot signent une trêve qui est en fait une capitulation pour l’Egypte.

Il en a déjà pas mal vu et vécu Lascaris. Etape suivante, destination inconnue car il a plu à Bonaparte qui l’engage comme intendant aux ponts et chaussées. La flotte appareille le 28 juin 1798. Ce sera l’Egypte, la France des Lumières se transporte en Orient. Lascaris est là et attend la proclamation de Bonaparte aux Musulmans. Alexandrie est prise sans difficultés. Le Caire par le désert, embuscades, la soif. En juillet Lascaris s’est vite adapté, apprend l’arabe et évidemment tombe amoureux d’une jeune femme, Mariam, échappé du harem. Lascaris en quelque sorte passe dans l’opposition. Mais accompagne Bonaparte et ses savants au pied des pyramides.

Ce ne sera pas ensuite de tout repos. Insurrection, dehors la France. A découvrir vraiment cette saga romancée très sensuelle mais qui raconte dans le détail une page de notre histoire que l’on survole souvent sans la connaître vraiment. En cela aussi le travail de Ferrandez vaut le détour, ses aquarelles sont pleines de vie, de beauté et d’action. Lascaris, le Premier consul, l’aventure qui tourne assez mal, ce sera dans le tome 2 plein de surprises. En film d’album un dossier illustré sur la conception de l’album.
Orients perdus, T1, Nice, Malte, l’Egypte, 144 pages couleur, Editions Maghen, 23 €


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