Octofight, les vieux se rebiffent

Décalé pour cause de virus, voici, mine de rien, un pamphlet qui tombe à pic. Dans Octofight, Nicolas Junker, cette fois scénariste après son brillant Seules à Berlin, fait la peau des vieux. On s’explique. Devenus vers les 2060 trop nombreux, trop chers, en un mot pas rentables, il faut les éliminer passé les 80 ans dans une France présidée par Mohamed-Maréchal Le Pen, où les valeurs du gaullisme ont été poussées à l’extrême. Et si en plus ils ont une comorbidité, ce mot que l’on découvert confiné, répété à outrance, alors là on euthanasie dans la joie, la gaité et la bonne humeur. Place aux jeunes, tant pis pour les vieux. Ce qui peut rappeler des souvenirs tristounets et récents plus ou moins avoués, parfois dans des discours de « petits » jeunes qui avaient oublié qu’ils avaient parents et grands-parents. Sauf qu’il peut y avoir de la révolte dans l’air chez les EHPAD. Et c’est un couple d’octogénaires en fuite qui va vite comprendre que la vie est un combat permanent, jusqu’au bout. Surtout pour eux. Corrosif, drôle, humour à la serpe, Juncker signe un réquisitoire joyeux et iconoclaste dont il nous avait parlé dans sa dernière interview.

Octofight

Il a fumé en douce, il sera exécuté Stéphane. Son fils le renie. Stéphane est censé se présenter chez les flics et disparaître à jamais. Dès 2030, le problème est posé. Les vieux sont égoïstes, on doit payer leurs retraites. Mais au départ le sujet est tabou. Gaullisme oblige, de gauche ou de droite, extrême ou pas. Pas touche aux vieux ce qui va rapidement changer. Pour Stéphane et sa femme Nadège, la fuite s’impose mais pour aller où avec la voiture volée au fils ? Les cartes vitales, bleues ou autres, ne fonctionnent plus. Ils sont pistés, se réfugient chez un copain qui les trahit, se reprend et tue deux flics. Une seule solution, rejoindre les néo-ruraux. Mais qui sont-ils vraiment ces pas si braves gens ? Le combat pour la vie, au sens propre du terme, prime en médocs, une découverte pour Stéphane et sa Nadège.

Ce n’est pas une couche qu’il passe Nicolas Juncker, c’est plusieurs, histoire que ça prenne bien. Vian avait déjà un peu donné dans L’Arrache-cœur avec la « foire aux vieux », une sorte de marché qui mettait en vente des personnes âgées tels des objets. Cette fois ils sont devenus des gladiateurs de jeux du cirque tenus par des mafias diverses. Jeune un jour, vieux toujours. Le quatrième âge ne rapporte plus rien alors que le sexagénaire consomme encore. Juncker avec le dessin de Pacheco dessine un monde qui fait frémir, plausible sur le fond. Qui dit le contraire est un hypocrite. Un premier tome format manga mais franco-belge sur le rendu, nerveux et tendu, violent, sans concession.

Octofight, Tome 1, Ô vieillesse ennemie, Glénat, 12,90 €