Black Squaw, Yann, Henriet et Bessie sortent des nuages

Le duo Yann-Henriet ressort des nuages pour une nouvelle série aéronautique après Dents d’ours. Avec Black Squaw, pré-publié dans Spirou, comme Yann l’avait confié dans sa dernière interview à ligneclaire, on part sur traces d’un personnage atypique et authentique, Bessie Coleman. Elle a été la première femme noire brevetée pilote, et en France qui plus est, pour cause de racisme officiel eaux USA. Les années 20, un certain Capone, il faut bien vivre et la jolie Bessie prend son envol après une jeunesse mouvementée. Têtue, volontaire, courageuse, Bessie saura aller au bout de ses ambitions tout en vivant un parcours romanesque et aventureux. Yann a le chic pour que ses lecteurs tombent sous le charme de ses héroïnes, de Bessie à Angela. Le dessin d’Henriet, qui n’y est pas pour rien comme Romain Hugault, est une fois de plus un plaisir digne de tous les éloges.

Au large de Terre Neuven dans les années folles de la Prohibition qui interdit l’alcool aux États-Unis, on trafique ferme, par mer et par air. Les Gardes-côtes US patrouillent et font des cartons sur les avions qui passent. Avec possibilité d’erreur sur le sujet comme pour, simple hypothèse, l’Oiseau Blanc de Nungesser et Coli. Bessie est aux commandes d’un hydravion qui transporte le comptable d’Al Capone et repartira le plein fait de cognac et autre Champagne. Bessie est métisse, mi-indienne, mi-noire. Pendant que le comptable tente de faire baisser les tarifs auprès de ses pourvoyeurs canadiens francophones, Bessie se prépare au retour avec des conditions météo difficiles. Et se souvient de son enfance dans une réserve indienne où son père était policier.

Night Hawk

Tout en étant immédiatement en pleine action, le personnage de Bessie Smith prend ses marques, se raconte. On est dans le savoir-faire Yann. De l’éprouvé et du solide qui donne au scénario sa puissance narrative avec relances à la clé pour intriguer le lecteur, lui offrir des pauses et des besoins d’y retourner au plus vite. L’enfance, le premier contact avec un avion, la folie du Klan qui va la pourchasser, Yann a romancé bien sûr le destin de Bessie tout en gardant une base bibliographique évidente. Henriet, découpe, cadre, ouvre les angles de ses cases, d’un trait souple, précis et clair. Que du bonheur et de la BD à l’état pur.

Black Squaw, Tome 1, Night Hawk, Dupuis, 14,50 €