Psychotique, l’agonie du monde des fantasmes

Un exercice terriblement difficile, rendre compte simplement, sans faconde, sans excès, sans s’apitoyer, de ce qu’est une maladie mentale. Ne pas tomber dans les clichés ou se lancer dans une description médicale fermée. Avec Psychotique, Jacques Mathis, écrivain et poète, raconte ce qu’il a vécu, ce qu’il vit. Il a écrit le scénario de cet album éclatant de vérité et surtout accessible, ouvert sur un monde qui est le sien mais que nous nous devons d’admettre, de comprendre. Sylvain Dorange a mis en images ce parcours qui ne peut laisser indifférent, et, qui au contraire, interpelle car personne n’est à l’abri d’une telle rupture si ce n’est aventure en terres inconnues.

PsychotiqueIl serait un grand metteur en scène, curé et pape ou président de la République. Aller au bout est sa devise. Son compagnon d’internement comme il le confie à sa psy, c’est Lee Marvin. Ensuite, c’est Picasso qu’il veut être. Sa première crise, il l’a eue à 14 ans. Jacques est un mégalomane qui est à l’étroit dans une vie étriquée. Il est génial. Il veut écrire un texte sur ce qui lui arrive, pour que les siens comprennent. De l’enfance cléricale, aux angoisses ressenties face à la mère de son meilleur ami qui serait une sorcière, un petit village de Lorraine, une maison hantée, c’était déjà le côté obscur de la force. Exorcisme, et l’adolescence, les femmes, l’écriture, il le dit, ont eu raison de ses doutes. A 41 ans, ce seront les médicaments, les internements. L’agonie du monde des fantasmes.

Il y a deux axes imparables dans ce témoignage. L’écriture et le dessin. Banal ? Non car la mise en partition de ce sujet demandait beaucoup de talent, d’objectivité raisonnée, de confiance mutuelle. Le dessin devait coller aux pensées de Mathis, souligner, appuyer. Le témoignage est imparable car sincère, émouvant. Mathis ne cache rien. Il pose aussi de bonnes questions sur la maladie, les soins, la camisole chimique qui permet de se débarrasser du problème. Un bouquin qu’il faut lire avec affection.

Psychotique, La Boîte à Bulles, 24 €

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