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Cintré(e), un joli récit de vie

Lui est rondouillard, timide, tente de percer dans la BD. Totalement fauché, il supporte une maitresse qui se fiche de lui et le prend pour un idiot. Éléonore, elle, extravertie, maigre, délirante, n’attache aucune importance à rien, en apparence. Dans Cintré(e), Jean-Luc Loyer met en scène un couple que tout à priori oppose. Histoire d’une rencontre, un peu noire mais non dénuée d’espoir. Par Sidney TRUC.

Le héros dessinateur de son état, et un brin en surpoids, a de plus en plus de mal à finir les fins de mois. Il accepte donc un travail de publicitaire où le patron lui demande de s’occuper de sa fille qui entre en stage dans l’agence et veut devenir illustratrice. Mais Éléonore est une écorchée vive, anorexique et cherche désespérément à tout détruire sur son passage et en particulier elle-même. Une relation de confiance s’instaure entre les deux protagonistes qui malgré les apparences ont bien plus en commun qu’ils ne le pensent. Ils sont tous deux à la recherche de la reconnaissance et l’acceptation des autres, du regard de leur entourage. Ces deux personnages totalement opposés tant physiquement que moralement vont finalement se permettre l’un à l’autre d’avancer, de se reconstruire et d’aller un peu mieux.

Dans ce roman graphique de 130 pages, Jean-Luc Loyer livre une fiction inspirée tout en restant très réaliste. L’histoire est narrée tout en douceur, avec de la pudeur, de la bienveillance. Il ne cherche pas à donner de leçon mais plutôt un témoignage sur le pouvoir dévastateur du mal être, de l’anorexie, de l’absence de communication dans les relations humaines. Son dessin au trait rond et aux couleurs grises et bleutées nous transporte dans l’intimité des personnages permet une profondeur dans le récit.

Membre de l’Atelier du Marquis (regroupement d’auteurs de bandes dessinées et d’illustrations basés à Angoulême), il sait également de quoi il parle quand il évoque les problèmes économiques de ce métier de plus en plus difficile. Car en parallèle de la problématique du mal être de l’anorexie et de l’acceptation de soi, Jean-Luc Loyer développe aussi dans cette historie la précarité de beaucoup d’auteurs de BD, qui malgré un talent inouïe ne peuvent malheureusement vivre de leur art et se trouvent dans l’obligation d’exercer des jobs alimentaires tout en respectant les calendriers plus que serrés imposés par les maisons d’éditions. Mais ça c’est un autre débat. Une œuvre pleine de tendresse à conseiller à tous et un auteur au talent narratif et graphique à découvrir de toute urgence.

Cintré(e), Futuropolis, 20 €

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