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L’Orangeraie, des gamins écrasés par la guerre

Pas facile de lire sans une grande émotion cet album de Pierre Lecrenier d’après le roman de Larry Tremblay écrivain canadien. L’Orangeraie se passe dans un pays du Moyen-Orient frappé par la guerre. On devine lequel bien sûr même si pas nommé. Deux petits garçons, des jumeaux Amed et Aziz se retrouvent confrontés à la folie meurtrière des hommes qui va détruire leur enfance. Ils vont devenir des instruments de la vengeance mais il y a peut-être encore un petit espoir.

Une grande ville canadienne, on prépare une pièce de théâtre, Cantate de guerre. Sur scène, Aziz répète le rôle de Sony dont les parents ont été tués. Aziz refuse de jouer la scène et désormais dans la pièce. Il fuit dans les rues enneigées suivi par le metteur en scène Mikaël qui lui explique que Sony doit mourir pour montrer la cruauté de la guerre. Aziz lui avoue qu’il s’appelle en fait Amed, avant. Mais avant quoi ? Amed et Aziz jouent avec leur cerf-volant dans la montagne. Il le perde et voit au fond de la vallée des bâtiments, ne savent pas ce que c’est. Les deux jumeaux courent mais l’un d’eux, Aziz, souffre, malade. Des obus explosent sur leur village, leur grands-parents son tués. Leur père Zahed creusent les tombes devant eux et leur mère quand arrive une Jeep avec des hommes armés qui approchent Amed et Aziz dans l’orangeraie. Leur chef trace à leur père les bases du conflit qui les opposent à ces colons qui envahissent leur terre. Dieu ne peut le permettre dans leur pays qui cherche encore son nom. La vengeance est le nom du deuil de Zahed à qui on laisse une sacoche.

Dès lors c’est le destin des deux petits jumeaux qui est scellé. On se doute de ce qu’il y a dans la sacoche et quel rôle meurtrier devra jouer l’un des enfants, qu’il soient jumeaux n’est pas un hasard. Inévitablement on pense à la Cisjordanie, à Gaza, à la guerre en Israël, aux Palestiniens. Mais attention cette Orangeraie n’est pas qu’un récit guerrier, d’attentats mais d’amour entre deux gamins qui choisiront leur vie. Les textes sont remarquablement écrits pour ce sacrifice quasi rituel à la fois pathétique et néanmoins poétique malgré la mort qui rode, la bêtise des hommes. Le dessin de Lecrenier est puissant et tendre à la fois.

L’Orangeraie, 120 pages, Rue de Sèvres, 20 €

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