Un album à la fois témoignage et militant. Les Poissons eux ne meurent pas est la vie au quotidien d’un famille de pécheurs sur la côte de Gambie pillée aussi bien par une usine locale qui exporte de la farine pour nourrir les poissons des élevages européens que par les chalutiers étrangers qui raclent les fonds. Avec en prime une pollution totale, air et en mer. Politique aussi avec le mépris des populations locales. Un drame humain avant tout avec Laurent Galandon au scénario (La Truie, le juge et l’avocat) et Jean-Denis Pendanx au dessin (L’Oeil du marabout) qui se sont déplacés en Gambie pour ce plaidoyer contre le fric à tout prix et le chantage à un bonheur cher payé.

Des fonds marins, un tuyau qui déverse des déchets, un poison. Au large des pécheurs ramènent leurs filets tout neufs et pleins du capitaine Bakary. Un gris chalutier approche, il faut s’écarter. A Gunjur en novembre 2023 en Gambie, Ismaila rédige des articles sportifs et est lycéen. Sa soeur lui conseille de lancer des messages d’alerte sur les massacres de tortues espèces protégées. Sur la plage le poisson se négocie plus cher qu’à l’usine Silver Lead qui achète tout. Bakary soigne sa barque et a un nouveau moteur mais ses filets sont interdits en fait. Et tous s’en servent, ils épuisent la mer ce que ne croit pas le patron de l’usine qui fabrique de la farine de poisson destinée à l’Europe ou l’Asie. La vie est dure, l’usine pollue, l’air sent mauvais et la jeune Hadja a des difficultés respiratoires. Les jeunes lycéens décident de nettoyer la plage alors que les jardins potagers gratuits sont repris à la population par Silver Lead. En mer le bateau de Bakary est presque abordé par un cargo qui arrache ses filets.

Les personnages sont forts, bourré d’humanité. On parle du sort des femmes, de la précarité permanente dont en fait nos pays dits civilisés se moquent. Mais l’espoir est là. Il y a aussi les migrants et même des fantômes. Ismaila saura-t-il accomplir ses rêves ? Un très bel album avec, Maghen oblige de grandes planches.
Les Poissons eux ne pleurent pas, 144 pages, Editions Daniel Maghen, 23 €

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