Difficile en lisant Lee Horn de ne pas penser au film Little Big Man. Dustin Hoffman y jouait un centenaire, Jack Crabb, qui racontait sa vie à un journaliste et, à travers, elle, la conquête de l’Ouest. Enlevé autrefois par les Cheyennes, il devient très vite un des leurs sous le nom de Grand Petit Homme. De retour chez les Blancs, il côtoie des pittoresques personnages mais, écœuré par la civilisation, Jack retourne chez les Indiens jusqu’à ce que, enrôlé de force dans l’armée, il assiste impuissant au massacre de sa famille, puis à la défaite de Little Big Horn. Avec Lee Horn si la base est similaire le récit raconte aussi le parcours d’un officier US sans pitié, Norton, une vraie ordure qui va bâtir sa carrière sur le nombre d’Indiens qu’il faut tuer. Dramatique et très crédible sur un scénario de Philippe Thirault inspiré par Gilles Mezzomo qui dessine.
Cri de l’Aigle est un petit garçon qui vit dans une tribu amérindienne. On est à Wounded Knee Creek en décembre 1890. Les tambours résonnent, la cavalerie US encercle le camp des Lakotas. Le capitaine Norton mène une patrouille pour désarmer les Lakotas mais il tue un vieillard qui ne voulait pas lâcher sa carabine. Le massacre peut commencer mais Norton fait tuer par son propre fils, un enfant Blanc capturé et élevé, sa mère en la projetant contre la lance avec laquelle il s’est jeté sur lui. Adopté et devenu Lee Horn, personne ne veut de lui hormis la famille qui l’a trouvée. Il n’a aucun souvenir et Harris l’enfant de la famille le considère comme son frère pas les autres jeunes Noirs qui le prennent pour un sorcier qui a le mauvais oeil. C’est une jeune fille noire une bergère Betty Johnson qui le sauve dont il tombe de suite amoureux. Elle apprend à Lee à tirer mais elle part avec sa famille vers l’Ouest. Lee décide d’aller la rejoindre dans le Wyoming. Il retrouve la mère de Betty et sa tombe car elle est morte de la fièvre typhoïde. Et un cahier où Betty a maintes fois écrit son nom. Lee s’engage dans l’Armée, se bat aux Philippines en 1901 où les soldats US affament la population. Mais la résistance est sans pitié. Il sauve son lieutenant blessé et est nommé sergent, décoré.
Une lente descente aux enfers avec Norton qui vient mettre de l’ordre et suit son parcours sanglant. Lee se souvient de Norton et n’aura de cesse de se venger. On voit aussi la folie meurtrière des USA face à une rébellion qui les dépasse. Quelle fin pour le duel à mort Lee-Norton ? Passionnant ne laisse pas indifférent car Norton est le produit d’une armée et d’un pays qui ferme les yeux sur ses atrocités. Un sorte de leçon dans le contexte actuel des USA bien mis en valeur par le trait de Mezzomo. On n’en dit pas plus car de l’Ouest on va aller dans une grande ville où son témoignage sur Wounded Knee ouvrira une autre piste. Parfaitement mené.
Lee Horn le fantôme de Wounded Knee, 88 pages, Glénat, 19 €
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