On a oublié ce qu’a été la dictature sanglante dans les pays communistes de l’Est sous contrôle soviétique au XXe siècle. Parmi les pires il y a eu la Roumanie où le couple tyrannique des Ceausescu faisait régner la terreur. Ce qui leur vaudra une mort violente en décembre 1989. Avec La Citadelle de l’enfance de Daniel Horia c’est une chronique familiale au jour le jour à Bucarest que l’on vit à travers le récit d’un petit garçon, Dany 3 ans. Un monde où tout s’achète, la pauvreté organisée, où la pensée unique peut valoir déportation, prison, mort. Avec la Citadelle il y a une suite, La Maison de glace et bientôt un tome 3 pour conclure le cycle. Il aura fallu une révolution pour abattre le régime sous l’oeil depuis des années des autres pays démocratiques européens. Il est vrai que la puissance soviétique interdisait toute rébellion au moins jusqu’à sa chute en 1991. La Roumanie avec la Pologne avait ouvert la voie.
Un bébé, le soleil, des parents, un papy, la neige. A 3 ans Dany est en vacances et son grand-père qu’il adore, Tao, et sa grand-mère Oga viennent les chercher. Restrictions alimentaires, queues dans les magasins pour rien, retour dans l’appartement attribué que Dany prend pour un château. Il a des frayeurs nocturnes. Catrinel c’est sa grand-mère maternelle. Dany est gardé à tour de rôle par ses grands-parents. En Roumanie dans les années 80 on travaille six jours sur sept. Ceausescu tient le pays depuis 30 ans. La délation fait recette mais Dany n’a pas conscience de tout ça. Catrinel est très croyante et une rêveuse qui aime lire, lui lit des histoires. Les autres jours avec Oga il joue aux cartes. Tao est un ancien général très respecté et héroïque pendant la guerre contre l’Allemagne. Dany est pour lui sa joie de vivre alors qu’il n’éprouve pas grand chose pour son père, son fils. En Roumanie tout sous contrôle, les commerçants sont dans la ligne du régime même pour un taille-crayon. Mais Tao a une autorité naturelle. Dany déteste manger et il faut inventer des ruses pour le nourrir.
On pourrait croire que l’on ressente un certain ennui à la lecture de cette chronique. Erreur, pas un instant car Horia a su maintenir le rythme, rebondir, étonner, séduire avec son Dany, petit garçon qui vit en s’adaptant mais pas vraiment malheureux, qui ne comprend pas pourquoi il est interdit de sortir du pays, aller en Allemagne chez sa tante. Tout s’enchaîne avec des flashs-back familiaux. Le récit est aussi un témoignage historique émouvant, pertinent. Les coupures de courant et on le verra dans le second volume de chauffage en plein hiver, la TV mais Dany a une institutrice pas sympa et pro régime. Une grande gentillesse, de l’humour malgré une réalité difficile et des parents qui commencent à se détester.
La Citadelle de l’enfance, 232 pages, Paquet, 19 €
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