Olivier Ledroit est un des rares auteurs largement reconnu pas encore interviewé par ligneclaire. Une lacune à combler et la sortie de la Nef des songes, une série d’interviews très riche chez Glénat menée par Arnaud Pagès, un artbook dont Ledroit a choisi toutes les illustrations, était l’occasion rêvée. Olivier Ledroit ce sont bien sûr les Chroniques de la Lune noire, Requiem, Xoco, des artbooks mémorables et bien sûr le peintre dont le talent à une place enviable sur le marche de l’art moderne. Il y avait donc de la curiosité dans cette rencontre. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC.
Olivier Ledroit, on est curieux de savoir ce que vous avez voulu faire avec votre dernier artbook, La Planète des songes. C’est une interview biographique qui reprend votre vie, votre oeuvre. C’est vous qui l’avez souhaitée ?
Oui, on en parlait depuis un moment chez Glénat. On l’avait déjà amorcé il y a dix ans avec mon agent qui pensait que je devrais faire un recueil sur l’ensemble de ma carrière. J’avais fait un premier artbook, un second Au delà des Contrées du crépuscule mais avec peu de texte. J’ai rencontré Arnaud Pagès qui est journaliste. Il était l’agent de Druillet pour l’adaptation de Salambo. On a aussi travaillé sur Requiem pour une adaptation qui ne s’est pas faite. A force de se côtoyer on a mis au point cette série d’interviews. Pagès ne vient pas de la BD, il jouait ainsi pour la Nef des songes le rôle du Candide.
On voit en effet un travail très journalistique. Cela vous a pris beaucoup de temps ? C’est très copieux.
On l’a réparti sur le temps. Je suis revenu dessus souvent. Oui effectivement. Cela a été long.
Qui êtes vous Olivier Ledroit ? Un peintre de talent, un auteur de BD à succès avec des albums marquants, avec Pat Mills, Froideval comme scénaristes, un illustrateur ? Quels liens entre tout cela et quelle évolution ?
En tout premier lieu au début de ma carrière c’était l’illustration et les effets spéciaux de cinéma qui m’attiraient. Le fantastique, je voulais devenir plasticien. Le biais pour y entrer a été l’illustration pour des jeux de rôle. Après pour la BD dont je ne connaissais pas grand chose j’ai appris au fur et à mesure avec un certain talent pour la narration. Cela entrait dans mes idées plastiques. C’est devenu un tout indissociable. Comme peintre je réussis bien et aurait pu n’être que peintre mais j’aime la BD, la liberté et la prise de tête d’une page.
Inévitablement on voit en vous des tableaux parfois cruels, fantastiques, sentimentaux. N’êtes vous pas tout simplement un peintre atypique en art moderne ?
Oui, je suis resté un illustrateur et me suis à peindre il y a quinze ans. La peinture est un objet unique pas fait pour être reproduit. Il y a la matière, les coups de pinceaux. Je travaille avec du collage, des dorures en relief, ce n’est pas reproductible sans frustration. En peinture j’ai une palette moins large d’expressions. Avec le tout, peinture, BD, je me sens complet.
Vos peintures sont foisonnantes. On le voit dans la Nef. C’est vous qui avez choisi les illustrations ?
Oui, en général je fais la prémaquette.
Qu’est ce que vous cultivez dans vos tableaux ? Le mystère dans les regards ?
C’est spontané car avec le fantastique le mystère n’est pas loin. En général un artiste est un peu télépathe. On communique avec le spectateur. Je cherche à le saisir et à le faire rentrer dans mon univers. Oui j’aime bien faire sentir cela en gardant une part de mystère.
J’ai beaucoup aimé Xoco. Comment allez-vous cherche ce réalisme qui vous appartient seul ?
Je reviens à mes fondamentaux. Les artistes sont en communication avec leur inconscient. On essaye de le faire ressortir sans pour autant tout comprendre. Ce n’est parfois que des années plus tard que je me rends compte de ce que j’ai voulu dire. Quel était la part de moi-même qui s’exprimait.
Et Norman Rockwell vous a inspiré pour les ambiances ?
Il était très fort techniquement. Il avait de l’humour, une tendresse que j’aime bien, l’expression de ses personnages. Une Amérique qui existé mais il y a longtemps.
Vous êtes, et c’est rare, quelqu’un qui a un palmarès d’exposition superbes. Vous êtes très côté. Vous avez progressé assez rapidement.
Comme dans toute ma carrière. Tout est allé très vite. Je me suis rapidement senti à l’aise dans le milieu des galeries. Avec Artcurial quand il voulait faire une expo il ressortait mes oeuvres pour de grandes ventes. J’ai des oeuvres grand format et assez spectaculaires. J’ai de la chance. J’ai commencé avec Maghen et aujourd’hui avec Huberty. Et toujours de la BD comme le dernier Requiem, le 13 avec Pat Mills en 2024.
Vous surfez sur plusieurs moyens graphiques, de l’un à l’autre. Mais dans votre monde.
Cela se nourrit de l’un à l’autre comme Mélancolie chez Barbier. De la liberté avant tout car en BD il faut construire avec méthode. Dans des expos d’illustrations comme Belles de Nuit, Les Fleurs du mal je suis un schéma plus intuitif sans construction au départ. Les min-séries de dessins, peinture s’enchaînent. La BD c’est plus cartésien. On n’est plus il y a 30 ans où on improvisait plus avec un jeu différent avec le lecteur que l’on étonnait d’avantage.
Vous avez eu de bons scénaristes, Froideval qui nous a quitté, Pat Mills. Vous avez aussi voulu devenir votre propre scénariste. Vous préférez ?
Non pas spécialement. J’aime bien travailler avec un scénariste. Je co-scénarise mais quand je fais le scénario seul j’accouche dans la douleur. Je me concentre sur l’image en fait.
C’est simple de travailler avec un Pat Mills ?
Oui, très simple. Il a travaillé avec une foule de dessinateurs différents. Pour 2000 AD en Angleterre, il sait s’adapter à chacun. Et avec des dessinateurs chevronnés il simplifie et sait leur faire plaisir.
Vous faites des travaux préparatoires ou est-ce que vous attaquez directement vos oeuvres pour la peinture ?
Cela dépend des formats. Pour les petits je travaille spontanément. Pour les plus grands je travaille toujours sur du papier d’écolier et ensuite j’agrandis à la tireuse de plan et cela fait mon modèle. Si j’ai un tableau d’1m60 c’est mon carbone pour respecter les proportions, les équilibres. Sinon j’ai ma propre cuisine différente selon les thèmes. Mais j’ai du mal ensuite de me souvenir comment je fais. J’oublie, je passe à autre chose.
Ce n’est jamais laborieux. C’est naturel ? La BD aussi ?
Toujours facile. La BD aussi, je trouve toujours des solutions, je ne travaille pas dans la souffrance.
Il y a des moments ou on pense à Bosch. C’est tendu, très riche, dur.
J’aime ce fourmillement. Pour moi l’univers est foisonnant et m’inspire.
Est-ce que vous êtes un rêveur ?
Je ne suis pas un rêveur tranquille, souvent débordé mais je sais penser à autre chose. Je passe beaucoup de temps à mon art. Quand je me balade, deux heures par jour, je mémorise des idées. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer. L’ennui est propice pourtant à l’imagination.
Quels sont vos projets ?
A venir je travaille sur le dernier Requiem. On va en faire un de plus. J’ai une prochaine expo. J’ai fait la première peinture. Le thème c’est le Dit du Genji, un roman japonais, c’est très beau. Il date du XIe siècle. Je vais m’en inspirer librement sous une forme d’estampes japonaises. Des fleurs, des chats, des jardins. Ce sera chez Huberty en 2026.
Les Fées, les Amazones ?
J’avais dessiné beaucoup de fées il y a longtemps. Mais elles n’ont apparu que plus tard chez Maghen qui les avaient vues dans mes cartons. Je me suis inspiré de deux illustrateurs anglais. Quand on m’a demande cet album c’était une carte blanche sur les femmes pour la galerie Glénat, très steam punk, un peu érotique.
Vous ne faites jamais de pause ?
J’aime travailler mais je prends des congés (rires). J’ai une association Olivier Ledroit BD et autisme qui est déjà importante et chronophage, qui me tient à coeur. On en reparlera en septembre pour lancer un concours pour Angoulême avec un prix réservé aux artistes autistes Asperger.
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