Rencontre avec Chloé Cruchaudet pour Mauvais Genre chez Delcourt

Chloé Cruchaudet était en dédicace chez Azimuts à Montpellier. Mauvais genre, son dernier album chez Delcourt, truste les récompenses largement méritées. L’histoire de Paul qui devient Suzanne pour échapper aux tranchées de 14 est vraie et bouleversante. Chloé Cruchaudet et Ligne Claire se sont rencontrées. (Propos recueillis par JL. TRUC)

Chloé Cruchaudet
Chloé Cruchaudet était à Montpellier. Photo JLT ®

Comment vous est venue l’idée de cet album ?

On m’a offert le livre de Fabrice Virgili et Danièle Voldman, La Garçonne et l’Assassin qui est un essai historique. Je me suis attaché au personnage. J’ai essayé de lever le voile sur certaines incertitudes qui demeurent. Qui dominait qui ? Paul et Louise s’aiment. Et la seule solution, quand il déserte, est de se déguiser en femme avec l’aide de sa femme Louise. Il peut ainsi sortir, trouver du travail mais bien sûr il va aller encore plus loin.

Vous avec contacté les auteurs.

Oui, car j’en avais envie. Ce qui m’avait frappé ce sont les photos du livre. Paul a été Louise pendant dix ans. Dans un premier temps j’ai réfléchi, imaginé des hypothèses mais j’ai bloqué sur les photos. Paul quand il est encore au combat se mutile. Comment a-t-il fait ? Il se coupe un doigt car si il se sert de son fusil il sera repéré comme s’étant volontairement mutilé. Les traces de poudre sur la blessure seront visibles. J’avais bien dit aux auteurs de l’essai que je faisais un œuvre de fiction et de création. Ils ne sont pas intervenus et j’ai été entièrement libre de faire ce que je voulais.

Mauvais Genre Vous avez rajouté une part romanesque.

Absolument. J’étais fasciné aussi par l’évolution de Paul qui est contraint à se déguiser en femme. Ce n’est pas dû à un penchant et pourtant il va se transformer. Sa personnalité change. J’ai bien marqué les étapes de cette transformation physique aussi, psychologique qui vient peu à peu. Il fallait que ses habits évoluent, tout son être changeait.

Votre dessin s’est associé à cette progression ?

Le dessin s’est simplifié, devenu plus évocateur. J’ai remodelé les personnages.. Il faut faire attention car le lecteur a une grande part d’imagination. Paul est un homme qui a eu une autre identité pendant dix ans. Il retrouve ses droits, n’est plus considéré comme un déserteur. Trop tard. Il a goûté à une autre vie et c’est trop dur pour lui de retrouver son statut d’homme.

Pour revenir au dessin j’ai travaillé d’une façon très libre. J’ai fait plein de croquis sur des feuilles volantes, recommencé souvent pour que mon dessin soit plus expressif. Je n’essaye plus de faire de belles planches. Je rassemble le tout sur ordinateur et j’ai beaucoup plus de plaisir à travailler ainsi. En fait la partie le plus difficile pour moi a été de reconstituer la vie de Paul dans les tranchées, les combats en 14.

Mauvais Genre, c’est une histoire d’amour et aussi fantastique. Paul est un Docteur Jekyll qui se bat contre Mister Hyde ?

Oui, c’est vrai. Ou un docteur Frankenstein qui ne maîtrise plus sa créature. Paul et Louise vivent une histoire d’amour. Paul en devenant Suzanne impose à Louise sa nouvelle vie. Et il devient incontrôlable. Je raconte le procès car c’est Louise qui va le tuer, à bout de souffrance. Un meurtre ? Un suicide assisté ? Un destin hors du commun, c’est une certitude.

Mauvais Genre, Delcourt, 18,95 €

Dédicace de Chloé Cruchaudet