Depuis ses débuts avec le 3e Testament, notre première rencontre, Alex Alice n’a jamais cessé de nous étonner par un trait brillant et un sens inné du récit. Il signe cette fois un manga. Avec là aussi un talent et une facilité déconcertante, beaucoup de travail. Après le succès du Château des étoiles, Alex Alice inaugure un chapitre majeur de son œuvre avec Les Chants du Cygne Noir, série de manga hors normes. Il s’approprie tous les codes du genre avec la sensibilité graphique et la puissance narrative qui ont fait sa marque. Prévue en trois tomes, le premier volume parait le 20 mai prochain, suivi d’un second à l’automne 2026. Alex Alice s’est confié à ligneclaire.info. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC
Quelle aventure ce manga. Quelles ont été tes motivations pour t’y lancer ?
Je suis lecteur de manga depuis le début, l’arrivée d’Akira chez Glénat. Quand ils ont lancé leur magazine j’étais stagiaire chez eux et faisait les onomatopées en français, je grattais les signes. Je touche au manga depuis longtemps mais à l’époque j’avais trouvé les rythmes de parution invraisemblable, 20 pages par semaines Donc je n’avais pas imaginé faire un manga. Et puis est arrivée cette histoire du Cygne Noir avec ces personnages, cette bande de pirates, le piratage d’un paquebot interstellaire, cela ne fonctionnait que sous le format manga. Je voulais rentrer dans le détail de l’action et de l’émotion pour que le récit accroche.
Bêtement j’ai commencé par la fin du PDF, erreur. Ton dessin manga oui mais cela aurait aussi pu faire un grand format franco-belge, non ?
Déjà que tu ais eu un PDF est une erreur car il déjà est imprimé le manga. Il faut l’avoir et le lire en papier.
Pour l’ambiance en général on n’est pas perdu, j’ai lu le manga comme j’aurais lu un album.
Ce n’est pas la même quantité narrative mais il y a la densité. On est plus près des personnages.

Plus de zooms, de détails, c’est plus riche.
J’avais besoin de cette proximité pour les scènes que je voulais raconter. Dans le manga, on participe à l’action, plus qu’en BD où on est spectateur. On laisse une liberté au lecteur. Dans le manga le lecteur n’a pas d’avance. C’est ce que je voulais dans ce récit car pour moi c’était difficile. J’ai même envisagé de travailler avec un Japonais. J’ai mis le projet de côté et puis l’histoire ne me quittait pas, j’ai essayé et cela a été un grand bonheur.
Il y a des scènes très travaillées, détaillées, le bateau le Prince de Galles. C’est un dessin qui est dans la lignée d’Alex Alice qu’on aime. Ce n’est pas un manga traditionnel.
Ce qui était pour moi impératif dans le format était de rentrer dans un espace de narration différent mais je n’abandonne pas mon dessin. J’ai récupéré des outils graphiques mais ce qui est primordial dans l’ouvrage c’est l’espace-temps de narration.

Tu es sur le tome 2. Combien au total ?
On a signé pour trois. Le deuxième sort en novembre.
Tu es totalement maître de ton sujet ?
Oui. C’est peut-être le bouquin le plus fluide que j’ai fait. Cela se ressent. Pas de couac, de retour en arrière.
Je me répète mais tout est précis. Tu travailles toujours en traditionnel ?
Oui, dans le réel, paire et encre sur format A4 utile. Il n’y a pas beaucoup de raccourcis, on croit à ce que je dessine.

Les visages aussi ne sont pas stylisés. Il y a une fluidité dans l’action.
Merci c’est là où j’ai le plus de travail à faire sur les mouvements des corps. Je suis attentif pour améliorer le boulot. Il y a plus de place pour la vie des personnages qui doit être attrayante. Pour s’exprimer encore plus.
On est dans un récit SF, fantastique, surprenant, dans la tradition des plus récents de tes albums. Le Ring c’est un assemblage planétaire ?
C’est le point de départ du récit basé sur ce qu’on imaginait de la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter. On croyait que c’est une planète qui avait existé. Et où vivait une civilisation très avancée avec encore des restes. Les Empires de la Terre vont se livrer à une course au drapeau mais c’est immense avec en plus des particuliers. On retrouve une part de sociologie des westerns, les pionniers, des gens qui viennent pour la terre, des migrants et des idéalistes, des religieux. Tout un peuple au XIXe qui ressemble à celui de la frontière de l’Ouest. Ils vont trouver plein de choses.
Ce qui est aussi très plaisant c’est la reconstitution grandiose des salles de restaurant sur le paquebot. Et c’est là où on découvre le mythe du Cygne Noir.
Comme dans Tintin le paquebot est un lieu classique, un microcosme, le méchant et la légende de l’équipage pirate apparaissent.

Tu fais un story-board ?
Oui toujours. Cette scène est sur 20 pages, impossible en BD.
Autant je suis un fana de mangas historiques, de l’histoire du Japon. Là je suis bluffé. Manga ou pas je suis dans une bonne histoire avec ce Cygne. Qui me satisfait dessin et découpage, l’action. Il sera en noir et blanc ?
Oui. Je suis totalement dessus, C’est un gros investissement et avancé sur le deuxième. J’ai mis 9-10 mois pour le premier. A peu près autant que sur un album normal. Un peu moins. Les sorties rapprochées font partie du format. On se connait depuis mon premier album, je peux te dire que l’énergie du premier livre tu ne la retrouves jamais. Pas grave. Et bien là oui je suis autant excité qu’avec le Testament.
Avec une envie renouvelée pas retrouvée.
Oui tu as raison. J’étais très content du dernier Château des sable mais ce n’est pas pareil, le même ressenti

Il y a une belle palette de personnages et des surprises incroyables. Cela se lit très agréablement. Un beau déroulé cinématographique.
C’est comme cela que je l’envisageais. Je suis ravi. J’ai fait le story-board du deux avant de finir le un pour faire vivre l’équipage pirates. Cela m’a permis de connaître les personnages. En BD c’est après les dédicaces que je les maîtrise mieux. On retrouve ce casting dans le deux. Chacun a son petit moment. On verra l’accueil.
Le rédactionnel de fin est aussi superbe. Tu travailles à la plume ?
C’est un nouvel outil. Crayon mais plume japonaise qui a débloqué l’encrage. Le pinceau n’était pas possible.
Les Chants du Cygne Noir, T1, 216 pages, Rue de Sèvres, broché 13,90 €

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