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La Nuit est mon royaume, le talent de Claire Fauvel

Claire Fauvel avait de suite séduit, marqué des points avec La Guerre de Catherine de Julia Billet au scénario, primé à Angoulême. On l’avait rencontré pour Une saison en Égypte qu’on avait beaucoup aimé à ses débuts. Elle revient avec La Nuit est mon royaume qu’elle signe seule, chronique d’une jeune fille de banlieue qui va, grâce aux Beatles, découvrir que la musique est sa vie, qu’elle a du talent mais que des requins sont toujours à l’affut de leurs proies dans ce monde sans pitié. On retrouve le dessin de Claire Fauvel qui a cependant évolué, toujours aussi chaleureux et vivant. Son histoire se tient, progresse tout en décrivant le poids du milieu familial, religieux, des conventions rigides qui ne peuvent éclater que grâce à une fuite douloureuse. Claire Fauvel apporte au romanesque la force du témoignage.

Nawel a du caractère. Il en faut pour survivre dans sa banlieue quand on est une fille. Quand elle découvre qu’une nouvelle a pris sa place sur son banc préféré elle attaque mais la jeune fille lui fait écouter les Beatles qui passent sur son lecteur. Le flash pour Nawel qui va défendre la nouvelle, Alice, tête de turc des élèves. La musique rapproche les deux filles, duo improbable. Elles décident de jouer ensemble, Alice à la guitare, Nawel au synthétiseur mais ses parents sont contre. Pourtant elle réussit à trouver un clavier. Le groupe Nuit noire est en marche. Le style se met en place mais arrive aussi le moment des choix au lycée. Nawel veut faire des études musicales ce que ses parents refusent.

Nawel, c’est le courage, la volonté mais aussi la fragilité et la trop grande confiance sans garantie. Il va y avoir bien sûr des hauts et des bas, des trahisons, des joies et des larmes dans ce parcours de vie d’une jeune femme qui se bat et essaye de se structurer pour survivre. La dépression est là, violente, mais la musique est la thérapie. On est ému par Nawel, par son côté à la fois farouche et sensible, à fleur de peau. On la comprend et on aime sa détermination douloureuse. Claire Fauvel signe un album en teintes plus ou moins douces qui parlent, évoquent et témoignent de la vie d’une société qui ne tourne pas vraiment rond pour ses jeunes. Claire Fauvel a vraiment un beau talent. A noter que le titre de l’album, La Nuit est mon royaume, pour l’anecdote, est celui d’un film des années 50 avec Gabin et d’un roman de Mary Higgins Clark. Un hasard sans rapport.

La Nuit est mon royaume, Rue de Sèvres, 18 €

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