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Crénom, Baudelaire T3, jusqu’au bout iconoclaste

Pour être franc on avait zappé le tome 2 mais lu bien sûr le tome 1 et le  très bon roman de Jean Teulé qui nous a quitté, par surprise et on n’y croit toujours pas. On avait une vraie amitié pour Jean Teulé, interviewé pour Le Montespan. Un auteur incomparable qui jouait avec les mots et l’Histoire sans pour autant la dénaturer. Crénom, Baudelaire a été publié par Jean Teulé en 2020. Dominique et Tino Gelli s’en sont emparés brillamment (ce qui n’était pas simple) pour une BD adaptée et comme Guérinau pour Charly 9 ou Entrez dans la danse. Un cas d’école Baudelaire, dandy dispendieux méprisant, alcoolique, drogué avec une maman qui’il prend pour sa banque. Le tome 3, Le Serpent qui danse, est évidemment dramatique. Baudelaire est censuré, sa maîtresse en piteux état, comme lui d’ailleurs. La fin d’un homme et d’un art poétique décrié mais devenu classique.

On taille dans son recueil de poèmes. Ses éditeurs craignent les procès. Triste mine Baudelaire. Il veut qu’on lui coupe les cheveux et le col de sa chemise comme un condamné à mort. Il porte le deuil des Fleurs du mal et sa Jeanne ne vas pas très bien. On dit neuf dans une poésie vieille. Ses ennui, ses cauchemars, ses tortures morales, on le plaint et on le méprise, lecteurs dégoûtés par ses lignes. Mais c’est aussi un succès à sa manière et sa mère arrive. Ce qui tombe bien financièrement. Il déménage en permanence, et elle le qualifie d’objet de honte lui qui méprise l’humanité. Elle croyait en lui, elle a de quoi être déçu, paye trois cents francs or pour qu’il n’aille pas en prison. Il lui offre son ouvrage relié, elle le refuse. A Guernesey, en 1857, Hugo lui écrit et le félicite. Pour Charles le génie est toujours bête. Il a une nouvelle maîtresse. Qui maudit ce poète cruel. Charles récupère Jeanne syphilitique au plus haut stade. Elle flirte avec la folie, souffre. Il la fait interner.  Au Quartier Latin il est une vedette. Il refuse les honneurs de la presse. Les petites vieilles est un texte désabusé et d’un réalisme poignant. IL rajoute des strophes aux Fleurs du mal pour se venger de la censure et prépare Les Paradis artificielles.

Jeanne sa passion qui a un protecteur, Marie qui l’enflamme et veut être actrice de premier plan, il faut lire cet ouvrage car c’est Baudelaire qui parle, vit, survit, ponctue les pages des ses poèmes. Courbet, l’Académie française qui n’en veut pas, la Légion d’Honneur dont lui ne veut pas, ce tome 3 est sa descente aux enfers que Dominique et Tino Gelli magnifient.  Bruxelles, il en rajoute, extrémiste dans l’âme, suicidaire plus ou moins conscient. On passe sur la suite, sur les dialogues de Teulé provocateurs et si vrais. 46 ans, une mort qui viendra vite. Sacré Baudelaire.

Crénom Baudelaire T3, Le Serpent qui danse, Futuropolis, 25 €

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