La Guerre, sans limites ni garde-fou

Dire qu’on se sent détendu, serein et enjoué à la lecture de La Guerre serait alors être tombé aussi bas que les personnages que Thomas Cadène et Loïc Sécheresse mettent en scène. D’Orange Mécanique à Eyes Wide Shut, à Kubrick en fait, Les Diaboliques pour Clouzot, on retrouve dans l’album cette marche au pouvoir et à la jouissance mortifère d’un couple à la limite de la perversion mais suprématiste. Alors pourquoi, comment arrive-t-on à le suivre à la trace, être piégé, s’intéresser à des faits odieux, narcissiques, abominables ? Pour deux raisons. Le talent des auteurs, leur narration scénaristique et graphique sans complaisance mais sincère, jusqu’au-boutiste, plus la fascination qui émane d’Alice et Alex, la beauté du diable malgré le dégoût ressenti à leur suite. Pas facile mais terriblement efficace et vraiment borderline.

La Guerre

Une route mouillée, Alice sort de la voiture d’Alex furieuse et effraye un conducteur qui s’écrase dans un ravin. Des morts et le couple s’enfuit sans appeler les secours. Plus tard ils sont aux portes de la réussite, investissent dans un EHPAD. Mais pour Alice et Alex ce n’est pas suffisant. Posséder, détruire, avilir, c’est leur credo. Toujours plus, par plaisir, jouissance  même en famille. Et Alex se rejoue le film de l’accident. Voyage aux Maldives, possession réciproque, le couple se doit d’être uni, indissociable, socialement maléfique pour le fun, se comprendre dans le pire et le meilleur, ne plus avoir de limites.

La Guerre

Affronter la vie selon eux c’est sentir le souffle de la mort, voire de la donner. Il y aura des innocents au menu sanglant des deux vampires de luxe dont la liberté ne peux être que dans le pouvoir, la destruction et le frisson de la mort que l’on donne. Racisme exacerbé, les prédateurs sont des bêtes fauves dont Cadène sculpte les formes à la fois parfaites et perverses. La violence est insupportable quand elle touche un enfant, la montrer à ce point était par contre superflu. Pour le reste, une œuvre à part, difficile dont il faut se déconnecter après lecture.

La Guerre, Delcourt, 19,99 €

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