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L’Héritage Wagner, amour et grande musique

Stephen Desberg, dont on sait tout le talent de scénariste, innove et met à juste titre les pieds dans le plat en nous plongeant dans les méandres de L’Héritage Wagner (titre d’une autobiographie sur le sujet de Gottfried Wagner). Richard Wagner le compositeur mort en 1883 bien sûr dont Hitler et le régime nazi avait fait une référence. Sans oublier qu’Hitler, ce que montre l’album était très proche de la famille Wagner, belle-fille de Richard et petits-enfants. Avec tout ce que cela va comporter indirectement d’horreur. Sans que pour autant les Wagner soient inquiétés, bien au contraire après la guerre. On ne touche pas à une institution allemande de ce poids même équivoque. Emilio Van Der Zuiden (Aimer pour deux) a parfaitement assimilé le sujet, décors, ambiances, personnages auxquels Desberg a toutefois apporté une part romanesque en se servant cependant de noms authentiques.

Des déportés en fuite sont abattus par des SS dont une jeune femme qui espérait revoir David. 1937 à Bayreuth, terre sacrée de la musique de Wagner, Hitler vient voir sa famille, Winifred sa belle-fille qui l’admire, ses enfants Wieland et Wolfgang, Verena et Friedelind. Hitler veut faire de Wieland le futur directeur du festival. Quand la guerre à l’Est s’intensifie, Bayreuth en est éloignée. Wieland rentre chez lui et trouve un des pontes nazis de la ville, Lafferentz, violer sa sœur Veréna. Il frappe Wieland et lui affirme qu’Hitler lui a donné la direction du festival et ordonné d’épouser Verena. En 1961 à Bayreuth arrive Anja Silja, berlinoise et chanteuse d’opéra belle et douée pour Tristan et Isolde. Wieland en est le metteur en scène. Et aussi l’amant de Anja (authentique) . A Berlin Anja avait défrayé la chronique dans une version très érotique de Salomé. Il faut réinventer le festival mais les nazis sont toujours là et Wagner est intouchable à leurs yeux.

Très bien construit sur des bases solides, très travaillé par Desberg pour la documentation, l’antisémitisme de Wagner mais que Hitler a adapté pour en faire un compositeur national et précurseur du nazisme. Le débat à ce sujet n’est pas tranché. Par contre la guerre pour le pouvoir sur Bayreuth, le voile pudique tiré sur l’utilisation de Wagner ou le devenir de la famille, la dénazification bâclée, l’évolution même de la mise en scène grâce à l’histoire d’amour de Wieland et Anja, tout est très cerné par Stephen Desberg et dessiné par Emilio Van der Zuiden, pas de trou ou de case inutile. Une saga historique méconnue et indispensable à découvrir absolument, bonne BD en prime.

L’héritage Wagner, Grand Angle, 17,90 €

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