On avait fait partie sous sa présidence du jury d’Angoulême en 2011. Et on s’est rencontré ensuite plusieurs fois à Montpelier entre autres. Baru est de retour avec un bouquin qui va faire date, Rock’n Roll, tome 1 salauds de baby-boomers (Futuropolis). Musique, de la bonne, du rock et retour sur un passé, une époque dont une génération la nôtre fait les frais aujourd’hui sous prétexte qu’elle a été grosso modo heureuse. Ce qui n’est pas faux mais faudrait pas se tromper de cible les gamins décervelés. Baru toujours aussi franc, direct, convivial a répondu à nos questions. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC

On va être un certain nombre à être concernés par le titre de ton album, Rock’n Roll, salauds de baby-boomers.
On a cherché longtemps le titre. Le problème c’est que tous mes lecteurs ont à peu près mon âge.
Oui et on s’y retrouve bien si on est un enfant des Trente Glorieuses.
Mais attention j’aimerais bien que tu ne parles parle pas de nostalgie. Il n’y en a pas dans mon histoire.
Non, ce qui est bien c’est que c’est souriant, on y parle évidemment de jeunesse avant tout et de rock.
C’est ça. Frank Margerin avait trouvé une belle formule quand on lui disait que maintenant il était vieux. Il répondait, non pas vieux, je suis un ancien jeune.

Une partie est autobiographique.
Au moins la première histoire. La suite c’est de la fiction.
Mais les repères sont communs, les noms des groupes, Hendrix. C’était une envie de revenir sur la montée en puissance de ta passion pour la musique ?
Je n’ai jamais hélas pratiqué un instrument mais si j’avais vraiment choisi j’aurais appris la guitare à l’époque. Globalement je n’ai pas de regrets sur cette période. Par contre encore une fois je ne voudrais pas que quelqu’un vienne me voir et me dise j’ai adoré et se mette à pleurer parce que ça lui rappelle trop sa jeunesse.
Cela fait plaisir, pas pleurer. Les morceaux, les titres, les noms. Bon tu ne cites pas Otis Redding mais je ne t’en veux pas.
J’ai fait un truc il y a très longtemps sur lui. Si je le retrouve je te l’enverrai. Quand j’ai découvert Otis Redding il y avait eu les Stones, les Beatles avant. Depuis que j’ai commencé à raconter des histoires en dessin j’ai toujours travaillé sur des groupes de gens en général. Et là c’est la continuité légitime de tout ce que j’ai fait et qui pousse plus loin sans être limité à un portrait de groupe marqué par la lutte des classes. C’est le portrait d’une génération. La nôtre.

Il y a aussi des rappels politiques. On ne s’identifie pas mais c’est un ensemble cohérent. J’avais un copain qui achetait tous les Stones dès qu’ils sortaient et voulait à tout prix qu’on les écoute sur mon Teppaz. Mais comme j’étais Beatles il n’y a que Paint it black des Stones que j’aimais.
C’est le meilleur morceau des Stones. J’ai fait cet album pour dire qu’il suffirait d’un rien pour que tout ça redevienne d’actualité. Je pense que si j’ai une part de nostalgie c’est quand j’écoute les gamins d’aujourd’hui qui pensent qu’ils sont des artistes avec le Rap. Franchement ce qui me désole, me déprime c’est le mépris qu’éprouve cette génération pour les instruments de musique. La guitare électrique c’est une sacrée bête à apprivoiser.
Les Who, les Stones tous étaient des musiciens de haut vol. Il y a un côté baguette magique dans cet album. Bien conçu, bâti, on y est, le bonheur.
Toujours sans nostalgie, dis-le. C’est un matériau que je pousse dans ses derniers retranchements qui seront sûrement la mort de tous ceux qui ont fait partie de ce mouvement-là. Point barre. Je fais ça avec une vraie gourmandise. Dessiner Hendrix c’est un exploit. Pas simple.

Est-ce qu’on n’a pas vécu une époque hors normes, inégalée et inégalable ?
Et pour longtemps parce que ce qui s’annonce aujourd’hui ce n’est pas gai.
Quand tu parles de Norton, de Triumph, de BSA, j’ai éclaté de rire en me demandant comment tu avais fait pour inventer ma propre jeunesse.
Cela va être très fréquent ce genre de réactions, d’approche de cet album. Il faut que je m’y prépare. Regarde, Rock and Folk le journal existe toujours. Rolling Stone est un titre de presse aussi qui s’est bien installé. J’en ai un numéro que j’ai dévoré. Ils parlent de la musique avec un côté intemporel.
Il y avait aussi du sérieux, on parlait, on échangeait. On écoutait la radio, on s’informait. Ce que tu fais c’est un constat généreux.
Il y a toujours une question sous-jacente dans ce que je fais. Ce bouquin existe car je vois une intemporalité de la musique. Les types qui bidouillent avec un ordinateur cela ne m’intéresse pas.

Il y a aussi la partie anglaise. Pourquoi avoir bifurqué vers Albion ?
C’est à cause de la moto, la Triumph, un fantasme, je n’en ai jamais eu. J’ai eu ensuite des contacts avec des gens qui avaient ce genre de motos. Je me rattrape aussi de cette façon, je m’amuse avec des motos dont j’ai rêvé. J’ai chez moi une guitare Fender de 1961. Je me suis demandé vers quoi je devais aller. Dessiner ou la guitare. Très vite je me suis rendu compte que je ne pouvais pas mener les deux de front. J’ai choisi le dessin qui en plus coûtait moins cher. La Fender je me souviens c’est avec mon premier salaire de chez Dargaud, un chèque avec lequel je suis allé près de Pigalle chez Dadi (Rue de Douai le magasin de Marcel Dadi le génial guitariste qui a disparu dans le crash du vol 800 de la TWA). J’ai pris la Fender contre le chèque, je suis rentré chez moi et j’ai été confronté à ce dilemme cornélien. Qu’est-ce que je vais faire ? Mais j’ai fait le bon choix avec le dessin.
Comment tu as conçu cette partie anglaise ? Elle sort d’où ?
C’est de la fiction les deux héros. Par contre le mouvement, oui il a existé, les Mods etc… Cela renvoie à Quéquette Blue, une brutalité, une violence quand on écoutait certains musiciens en concert. On faisait des centaines de kilomètres pour y aller.
Tu parles du festival de l’île de Wight. Il y a eu aussi Woodstock.
Woodstock dans le tome 2 ce sera comment j’ai raté ce festival. J’étais aux USA à ce moment-là. Je faisais du stop et je me faisais larguer dans des coins improbables. Je m’approchais de Kennedy Airport où je devais retrouver des copains. Je me suis retrouvé à Bethel où était en fait le festival dit de Woodstock patelin qui en fait était à 80kms.

Et le Scopitone dans les bars qui montrait des films de chanteurs, l’ancêtre du clip.
On a eu avec notre génération un bol fantastique qui je comprends qu’elle puisse engendrer des acrimonies, la condescendance péjorative quand on parle de baby-boomers. On a eu la musique qui nous est tombé dessus, avec aussi l’explosion de la liberté des corps et plus de guerre. Tout le monde dans notre génération en a profité largement alors qu’aujourd’hui je plains les gamins. Mais le rock dure encore.
Ce qu’on entend aujourd’hui ne laissera pas vraiment de traces.
Jacques Ferrandez que tu connais est un fan de jazz. Il m’a dit un jour que le rock’n roll serait la musique classique de l’avenir.
Il y a un côté historique, Pompidou, De Gaulle, les débuts des Vieilles charrues.
J’ai un rapport effectivement souriant quant à nos trajectoires. On a eu de la chance. J’achète toujours des disques. Le pire a été les années 70. Mauvaise période, le punk m’a sauvé la vie. Je n’avais pas de quoi les écouter alors j’allais chez un copain qui avait un électrophone.

On n’était pas submergé d’images. Radio, disques, bouquins en priorité. L’Autoroute du soleil ressort aussi chez Casterman.
Ils ont regravé les pages, refait une maquette, un beau bouquin. Les noirs, les gris sont bons.
Tu as totalement scénarisé Rock’n Roll où tu as laissé une partie en roue libre ?
Non jamais, je prépare tout. J’ai un processus où je fais d’abord deux planches sur deux feuilles A4, en petit, je mets mon texte et je sais ce que je vais faire en images. Je passe au propre ensuite. Je savais que je voulais faire quelque chose qui concernait ma génération. Donc je me suis dit qu’il fallait peut-être demander aux copains de me faire un truc sur le rock, si le rock avait changé leur vie. Si oui qu’ils me fassent un texte. Et je faisais des choix, je réécrivais.

Pourquoi Beyrouth, la guerre au Liban en 1988 ?
Dans mes copains il y a Edmond Baudouin que tu connais aussi. Je lui ai demandé de ma faire quelque chose car cela m’amusait que son côté lunaire et poétique se frotte au côté râpeux du rock. Il a trouvé pour esquiver cette histoire de Beyrouth. Lui il aime Ray Charles et là je lui fais supporter les Stones à Beyrouth et des poulets en cage.
Belle galerie de dessins à la fin, les hommes du président, Florence Cestac.
Je les ai tous convoqué. Charles Berberian m’a beaucoup aidé pour les poules à Beyrouth. Ensuite beaucoup de mes copains je les ai rencontrés ici à Nancy dans deux endroits le Terminal Export et Chez Paulette qui ne connaissait rien au rock, ses gosses oui. Ce bouquin est du réel et de la fiction. Hey Joe je me mets en scène au début avec Hendrix. Les blousons noirs, c’est aussi un morceau d’Histoire. C’est Bill Haley, Graine de violence. Au début des années 60, la pop les a dépassés. Et la Tamla Motown évidemment, Redding, Wilson Pickett, Sam and Dave. La totale en fait.


Baru : tous ses albums sont super ! on parle la même langue et pas de bois mais Rock’n roll !
merci mister Baru , sorry que vous n’ayez pas pu rouler en Triumph , ma Bonneville pour
moi c’était affectif comme un cheval. je la caressais le soir avant de la ranger dans son garage !
bises Mister Baru , have a nice day !
Alexandre