
On le suit à la piste et cela ne remonte pas à hier. Hugues Labiano a un pouvoir ensorceleur, un dessin qui prend aux tripes tout en séduisant et en vous faisant parfois prendre des vessies pour des lanternes. Et c’est la marque (brûlante) de tout bon auteur de polar d’autant plus en BD. Cette fois pour le deuxième tome de la trilogie qu’il signe chez Glénat, Trois touches de noir chez Glénat, après le tome 1 Quelque chose de froid, il s’embarque pour Au Sud, l’agonie. Le Sud des USA bien sûr où Hugues Labiano est allé autrefois trainer ses pinceaux et qu’il connait bien. Pelaez est au scénario, Jérôme Maffre aux couleurs. Qui dit Sud profond dit meurtre raciste, mais aussi une enquête, la toile de fond d’une ségrégation occultée mais encore bien vivante. On est dans les années années 30 et un lynchage peut cacher bien autre chose. Lire l’interview de Labiano.

Le Sud se meurt, pillé après sa défaite face aux Yankees envahisseurs. Plus d’esclaves mais rien n’a vraiment changé. Les traditions ont la peau dure, la religion aussi avec ses règles, ses clans, ses types de peau. Le pasteur Leer baptise un enfant dont le père Malcom a été lynché. C’est Zacharie qui le lui porte ce qui crée des tensions. Chacun sa rivière, pas de mélange. L’agent du futur FBI, David est homosexuel, dangereux à plus d’un titre à l’époque et le renie. Il se doute que Malcolm a été tué avant d’être lynché. Dans les bayous on traque un évadé Travis qui a sectionné le bras d’un complice attaché à lui par des menottes. Un peu embarrassé le fuyard qui a en plus un compte à régler en local. Dans le champ de coton Victoria dit à Zacharie que son père, le patron blanc Jordan veut le voir et elle lui conseille de la fermer. Zacharie est métis et le fils de Betsy. Qui lui avoue qu’elle n’a pas été violée par un blanc mais consentante. Des blancs red neck veulent donner une leçon à Zacharie mais il y a un autre danger, les communistes qui commencent à avoir du succès parmi la population. David a la preuve que Malcom a eu le coup brisé d’un seul coup avant d’être pendu. Victoria et Zacharie sont amants, une situation tout autant dangereuse. A moins de partir vers le Nord.

Un polar à la fois social, à la Steinbeck, historique à la Brontë, noir précurseur de Dans la chaleur de la nuit, politique avec l’émergence du communisme que détruira McCarthy plus tard. Pelaez mène son histoire sur plusieurs pistes qui finiront par se recouper. Les personnages ont tous soit un passé risqué, soit un cadavre dans placard, un amour impossible. Une tragédie sudiste qui se conclue ou pas en fait. Le dossier final replace le tout dans son contexte et on affirme que le dessin de Labiano est la clé de voute de ce brillant album parfaitement conçu par Pelaez. A quand la fin de la trilogie ? A noter que chaque titre peut se lire en solo.
Au Sud, l’agonie, 64 pages, Glénat, 16 €

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