Luc a tout pour lui, le succès est à sa porte, ce cinéma dont il rêve. Il est jeune et perd la vue. Regard c’est la chronique violente d’un handicap qui est peut-être le pire qui existe et qui pourtant peut offrir des espoirs de retour à une vie différente mais bien présente. On avait beaucoup aimé Nuages de J. Personne, retour en arrière d’un vieux monsieur vers sa jeunesse, puis les aléas de son existence, échecs, joies, tristesse, bonheur. Une balade sur un trait qui a des rappels années 70. Pour Regard le trait a évolué, la gestion du noir, des soulignés en bleu restituent les conditions au quotidien d’un jeune homme qui contraint apprend à vivre autrement.
Un accident de voiture, Luc se réveille dans le noir, croit qu’on a éteint la lumière. Les médecins lui disent la vérité, il ne voit plus car ses nerfs optiques sont comprimés. Impossible de dire qu’il reverra un jour. Des flashs en couleur lui reviennent, Tal, Tina sont là. Il prend peu à peu conscience qu’il est aveugle. Commence alors un constat permanent pour chaque geste, mouvement. Il venait d’être lauréat d’un prix lui qui veut être réalisateur. Retour chez sa grand-mère, cherche sa main. Sommeil, cigarette qu’on lui allume, le quotidien est désormais un mystère. Il se heurte aux meubles, veut un rendez-vous avec la maison des handicapés, 10 mois d’attente pour monter son dossier. Difficile de mange, un réveil parlant, un étiqueteur vocal, une balance qui parle pour faire la cuisine. Un traumatisme du nerf optique, quelle évolution ? Le flou médical jusqu’au jour où le verdict tombe. Luc restera aveugle à vie.
Et c’est là en fait que tout commence. Déni, colère, souvenirs, Luc n’y croit pas. Il tombe à l’association pour non-voyants sur une fille super, il lui faut un projet de vie. Luc est déterminé, prend des cours, ses lunettes l’ennuient, une canne, il fait le pitre pour ne pas plomber l’ambiance. Pas à pas on le suit et on se dit que ce n’est pas gagné, ce qui est normal. Il y aura son instructeur en locomotion, ses autres sens qui prennent le relais, se découvrent. On est évidemment ému, étonné par cette vie dans le noir permanent. J. Personne a su montrer ce qui par définition ne se voit pas au moins par celui qui est atteint de cécité. Luc veut continuer à rêver malgré tout. Un album important. Un travail graphique impressionnant.
Regards, Glénat, 25 €
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