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Voie de garage, il est libre Paulin

Voilà un album qui prend au coeur et aux tripes. Un petit garçon adore le trolley-bus qui roule dans Lausanne. Rien de vraiment étonnant même si il s’en construit un évidemment très simple, a un uniforme et joue à en être le conducteur. Ce que Voie de garage raconte avec une très forte puissance émotionnelle c’est ce que les adultes vont faire du petit Paulin, l’interner et faire d’un original farfelu qui flirte avec le génie créatif un fou. Sophie Adriansen au scénario, Arnaud Nebbache au dessin (Brancusi contre Etats-Unis) bien soutenu, épaulé par les couleurs signent un ouvrage qui est une leçon d’indépendance intolérable pour notre société aux normes injustes, qui pousse ceux qu’elle ne comprend pas sur une voie de garage.

1968 à Lausanne quand le trolley arrive Paulin est ravi. Il y monte avec sa  grand-mère, scrute les faits et gestes du conducteur qui l’aime bien. Chez lui il a un jouet trolley, a construit un parcours puis avec une chaise simule la cabine. Dans la rue il récupère un vieux chariot à courses, le transforme avec un volant, un drapeau, un klaxon. Il finit par aller jouer dehors, grandit et continue à emmener son trolley partout. A l’école doué dans certaines matières, mauvais d’en d’autres il est un peu à part. Rien ne change avec les années, il aime la poésie mais ce qui ne l’intéresse pas ne l’intéresse pas. Dixit. Un jour il va aux journées portes ouvertes à la compagnie de trolley. Il est fasciné, se met à la place du chauffeur. On lui offre un vrai volant. Mais Paulin continue avec son trolley de sa fabrication, suit les rails mais sur les trottoirs. Tout le monde le connait. Les enfants aiment bien cet adulte qui leur ressemble. Les trolleys il en sait tout et c’est sa vie.

On se doute bien que Paulin trop hors des rails si l’on peut dire, va gêner. Ses trolleys intègrent pourtant un musée d’Art brut.. La Tv lui consacre un reportage. Tout cela va le dépasser. Qui c’est celui-là, complètement toqué ce mec là, chantait Pierre Vassiliu. le gentil Paulin c’est ce mec là. Direction une clinique psychiatrique pour le guérir mais de quoi. Ce sera le contraire. Paulin est inspiré de Martial Richoz, figure de Lausanne dans les années 80, interné plusieurs semaines qui poussait son trolley imaginaire, chariot comme Paulin avec même un distributeur de tickets. Paulin est libre, comme dans une autre chanson, il est libre Max d’Hervé Christiani, même époque que Vassiliu. Dans son imaginaire Paulin-Martial mais pas « un » malade. Touchant, émouvant et une leçon de vie cet album.

Voie de garage, Dargaud, 23,50 €

 

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