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Je n’invente rien, Martin Veyron a l’humour qui interpelle

Martin Veyron est un auteur sensible, élégant, dont la plume, le crayon peuvent être plus qu’acérés. Aiguisés pour mieux trancher là où on ne se serait pas imaginé que cela allait faire aussi mal. Avec Ce qu’il faut de terre à l’homme, Martin Veyron avait signé, en adaptant une nouvelle de Tolstoï, un album décapant sur les besoins jamais satisfaits du genre humain. Cette fois, il revient à ses amours toujours fidèles, les dessins de presse, avec Je n’invente rien, un recueil des meilleurs qu’il a publiés dans le Nouvel Observateur de 2001 à 2016. Attention, Martin Veyron a l’humour qui interpelle et ne fait pas de cadeau tout en faisant largement sourire.

Il y va de ses têtes de chapitres, Martin Veyron, et ouvre la bal, le feu, avec l’éducation. Jeunes et vieux face à face parlent de vie privée, d’enfants terribles qui font chanter leur parents. Vivement le boulot et la garderie pour le môme. Des mères indignes et fières de l’être, des gamins qui ne foutent rien et s’en vantent. Elle est belle la jeunesse, mon pauvre monsieur. Il y va gaiement Martin et enchaîne sur la santé. Douloureux sujet pour les hypocondriaques surtout quand leurs analyses montrent qu’ils ne le sont pas. La déprime est au coin de la rue. Les médecins sont dépassés avec leur trognes de tout puissants en blouse blanche. De la thalasso à la pilule du lendemain, non pas pour moi, pour maman, ou celle de l’extase pour femme, ils ont le choix, on a le choix. On termine par le travail, refuge des gens qui n’ont rien de mieux à faire (Oscar Wilde). L’entreprise c’est Versailles et la cour. On baise les pieds du patron, du manager qui vous prend pour un abruti. Il vous larguera sans sourciller. Esclavage professionnel et pas une minute pour soi. Dress code pour débiles, business woman en transes face à ses enfants qui en ont marre. Et quand le golden parachute ne s’ouvre pas ? Cruel dilemme.

Il n’en rate pas une, Martin Veyron, attaque, parle vrai, fonce dans les failles que nous lui offrons tous. L’œil malin et sarcastique, il va du crayon vengeur mais toujours enlevé. Bobos, et tutti quanti, tout le monde à droit à sa ration. Certes on est au Nouvel Obs d’où un lectorat gentiment à gauche mais intello et et pas pauvre. Reste qu’il n’épargne personne Martin Veyron, n’invente rien, scande ses phrases au ton ravageur en appui de ses dessins à la ligne claire, la sienne si reconnaissable. On peut les voir et les revoir ses planches. Sans jamais se lasser, caractéristique des grands dessinateurs de presse.

Je n’invente rien, Éditions Hoëbeke, 21 €

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