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Rébétissa, une dictature frappée par la musique

Il était à Montpellier chez Azimuts il y a peu. On se souvient que David Prudhomme a été Grand Boum-Ville de Blois 2023. Il a été primé à Angoulême. Il avait exposé chez Barbier en 2023. Cette fois il revient avec Rébétissa que l’on pourrait qualifier de suite féminine de Rébétiko, paru en 2009 toujours chez Futuro. Il se lançait à l’époque en solo et l’action se passait en octobre 1936, au Pirée et à Athènes, sous la dictature de Metaxás qui dura jusqu’en 1941. On y revient. Censure musicale des paroles et des instruments et surtout Béba l’héroïne, le dessin époustouflant de Prudhomme font finalement de ce qui est un diptyque, Rébétiko et Rébétissa, un des très grands moments du 9e art.

La très belle Béba erre sur le port sous le regard des hommes, rejoint Katina qui va tenir un conseil de guerre avec les musiciens. Ils doivent arrêter de jouer sous peine de déplaire au gouvernement car leurs chants transmettent la douleur de l’exil sous forme artistique. Le départ de Turquie et sous la dictature de Ioannis Metaxas le rebetiko était qualifié d’immoral et ses représentants (rebetes) accusés de mener une vie dissolue et d’encourager la débauche , car leurs chansons parlaient de haschisch, de problèmes avec la police et de la misère de la vie en marge (ndlr). Une musique que Metaxas accuse de démoraliser la jeunesse grecque. Tout un programme qui heurtait ce régime fasciste. Stavros, Artémis, Markos, Zigoala et bien sûr les grands yeux de Béba. La police détruit les cafés où on joue du Rébétiko. Katina ne veut pas que cela arrive chez elle. Il faut changer de répertoire. Marika est la soeur de Béba. Il faut jouer des romances populaires mais que chanteront Béba et Marika ? C’est plus qu’une question de musique, c’st un héritage qu’il faut renier.

Ce sont les ambiances, les décors, les personnages qui font aussi toute la richesse de cette histoire, cette lutte musicale contre un dictateur qui prend pour modèle un occident extrémiste. Tension entre Orient et Occident, on vogue sur ces pages colorées mais tristes qui déboucheront soit sur une fuite, soit sur la trahison, la violence. La scène avec Métaxas qui écoute et sourit à la musique suivi par un pas deux avec les Evzones grecs est sublime. Il faut relire Rébétiko et enchaîner par Rébétissa même si les deux albums peuvent être lu indépendamment l’un de l’autre.

Rébétissa, Futuropolis, 22 €

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