Un Sfar peut en cacher deux autres

On ne revient pas sur La Synagogue, un vrai plaisir, émouvant et touchant. Un beau moment. Mais un Sfar peut en cacher un autre. Non, deux autres. D’accord la formule est facile. Reste que avec A la fin des catastrophes, recueil de dessins publiés dans Match, et On s’en fout quand on est mort, un carnet de bord le 15e, Joann Sfar fait feu de tout bois, une frénésie créatrice qui colle à notre monde, à ses ambiguïtés. Sfar chef d’orchestre ou premier violon ? Une partition en forme de deux adagios à la fois nerveux mais profonds, doux-amers aussi. Sfar se livre comme toujours avec franchise, humour et un peu de nostalgie, de tendresse. On le comprend et c’est sûrement pour cela qu’il nous est si proche.

Avec On s’en fout quand on est mort, Sfar a travaillé ce carnet en parallèle de La Synagogue. D’où un feu croisé finalement. Histoire de faire semblant de ne pas avoir de retard car on ne peut pas tout faire, mon bon monsieur. Un discours illustré, sur le vif, une guitare unique et des questions sur comment me dessiner jeune pour la Synagogue. Du texte, beaucoup et des dessins qui illustrent. Des photos aussi, un travail préparatoire et complémentaire. La barbe et on enchaine sur de la BD au sens plus strict du thème. On y plonge dans ces 380 pages. Les Beaux-Arts, un carnet spontané comme d’habitude, en liberté pour mieux affronter les contraintes de la Synagogue, son oxygène comme il dit. L’un n’irait-il pas sans l’autre ? Décryptage nécessaire. 

On s’en fout quand on est mort, Gallimard BD, 26 €

On change de cap pour À la fin des catastrophes. Il aimera Sfar si on lui parle de Sempé ? Délicatesse du trait dans ses beaux dessins narquois, ses scènes de rue grand format pour Match en alternance avec justement Sempé. De l’actualité avec ou sans masque, clins d’œil ironiques, un décalage voulu pour rendre l’air du temps comme on dit. De belles couleurs aquarellées aux teintes parfois automnales, Sfar croque, sourit, s’amuse, ne juge pas, constate, pique quand même. Paris sous toutes ses coutures et ses Parisiens, ses terrasses Bobos. Mais pas que avec ce sacré Voltaire et ses théâtres d’ombre. Des animaux qui sont plus humains que leurs maîtres, et Dieu dans tout ça ? Pause sur images et tableaux qui fixent l’instant, Sfar est un témoin de notre temps à la fois impitoyable et souriant.

À la fin des catastrophes, Gallimard, 24 €

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