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Libres d’obéir, autonomie sous contrôle

Manager, diriger, encadrer, certes, une vraie philosophie mais qui a des origines pour le moins incroyables. Encore qu’en y réfléchissant bien un manager a ses troupes de choc, flatte, ordonne, et punit si les objectifs ne sont pas atteints. La prime aux employés les plus performants. Une doctrine de noir vêtue et pour cause qui a des origines germaniques, un des pères fondateurs Reinhard Höhn, juriste, général SS à la carrière allemande d’élite. Johann Chapoutot a écrit Libres d’obéir, un essai qu’il a adapté en BD avec Philippe Girard au dessin (l’excellent Léonard Cohen), (Le Prince des oiseaux de haut vol). Höhn a sous le nazisme travaillé à l’adéquation des institutions avec le IIIe Reich. En un mot liberté d’action, pouvoir, espace vital, domination, matériau humain.

Florence est cadre dans une entreprise high-tech où stress et pression sont des armes. Le monde est une arène. Faire plus avec moins. Rendement sans se plaindre, plus on en fait plus on en demande. Matériau humain jetable. Le boss de Florence Jean-Yves est rusé, manipulateur, donne mauvaise conscience pour presser le citron. Un management qui ne date pas d’aujourd’hui et c’est là où on découvre que Reinhard Höhn a presque tout inventé et a transmis le flambeau dès la fin de la guerre, pas inquiété en créant un institut de formation au management. Ses méthodes sont celles mises en oeuvre sous Hitler, autonomie sous contrôle et délégation. L’état oui provisoire, car le pouvoir central sclérose. Discipline et une machine qui tourne rond dans le Reich. mais pas vraiment. Se débarrasser de la bureaucratie. On donne des ordres à l’état pas le contraire. Le parti est maître. Höhn élabore des concepts juridiques sur l’état et l’espace racial. On va multiplier les agences, vive la polycratie. La solution la plus dure est la meilleure.

Dans ce bouquin on passe au tamis le passé, l’endoctrinement, la propagande et surtout ce que c’est devenu aujourd’hui. Ces séminaires par lesquels même les cadres journalistes passent ou sont passés. Huit chapitres essentiels dans Libres d’obéir : de l’administration du grand Reich à en finir avec l’état, la liberté germanique, manager la ressource humaine ou encore l’art de la guerre. Bien mis face à face qu’est ce qui a vraiment changé . Liberté d’obéir, obligation de réussir. Inquiétant d’autant plus qu’à la tête des états, un Trump par exemple détruit peu à peu la structure démocratique des institutions américaines. Pas un réquisitoire, un constat et un album bien découpé, mis en pages, illustré, un état des lieux angoissant.

Libres d’obéir, 144 pages, Casterman, 22 €

 

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