Chen, anticipation éclairée

Un récit qui fait froid dans le dos, joue sur des possibles qui se profilent peut-être à l’horizon dans un futur assez proche. Quant être une femme devient une richesse pour ceux qui veulent à tout prix faire remonter la natalité dans un pays, c’est la Chine dévastée par des conflits incessants et mortels. Plus qu’une fable, ce Chen un roman d’anticipation à la fois éclairé et effrayant digne des plus grands classiques du genre, flirtant avec une horreur plausible. Aurélien Ducoudray est au scénario et Antoine Dodé au dessin. Un des « must » de la rentrée et une quête émouvante d’un frère prêt à tout pour sauver sa petite sœur.

Les enfants perdus

Depuis le début du XXe siècle Chine est passée par tous les stades économiques, politiques, militaires. Des guerres, un parti chinois extrémiste au pouvoir en 2035, des famines en 2054 et puis le crash démographique de 2072. Plus de femmes qu’on est obligé d’importer ou pire de faire se reproduire dans des conditions atroces. Chen vit à la campagne avec sa petite sœur à qui il raconte la légende de la coccinelle. Piao l’écoute quand arrive des voleurs de fillettes. Chen ne peut rien faire. Piao est emporté par des mercenaires. Plus tard un combat mythique de boxe va opposer le Géant de Pékin à un autre surnommé Puits numéro 7. Le géant gagne et a droit à une femme en récompense promise par son patron. Mais Chen s’est lancé sur les traces des ravisseurs de fillettes. Il piste le Géant.

Chen

Il y a un superbe narration dans le texte de Ducoudray, avec une montée en puissance impressionnante. 198 pages qui rebondissent, dévoilent des surprises de taille, le tout avec un message c’est vrai social, voire politique. La liberté de la femme, son exploitation à la reproduction (ce qu’on fait les SS pendant la guerre) sont aussi la trame de cette enquête parfois sordide d’un Chen qui ira au bout de sa course folle dans une société qu’il l’est tout autant. Une très grande richesse aussi bien scénaristique que visuelle dont il faut garder le suspense bien articulé.03

Chen, Les enfants perdus, Glénat, 29 €