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Claude Gueux, le « j’accuse » de Victor Hugo

Quand on parle de Hugo à l’occasion d’un personnage poursuivit par une justice indigne, on ne pense pas obligatoirement à Claude Gueux mais à Jean Valjean ou à Quasimodo. Et pourtant, avec Claude Gueux, Hugo a tracé une diatribe sociale sur à la fois la prison, la démesure de la peine de mort, la destruction familiale et humaine d’un homme bon qui sera poussé à bout par le mépris de son geôlier tour puissant et d’une rare ambiguïté intellectuelle. En adaptant ce roman en BD, on le découvre et on mesure toute la force narrative si besoin était de Hugo dans un huis-clos impitoyable parfaitement retranscrit par Séverine Lambour au scénario et dessiné d’un trait fort réaliste par Benoît Springer (La petite souriante).

Claude Gueux est un brave homme, un colosse, mari qui a une petite fille. La famine tue et personne ne mange à sa faim. Il est menuisier et n’a pas de commandes. Alors quand il voit sa fille qui crie sa faim, il craque et va voler pain, bois pour tenter de la sauver. Il saut que la police va le retrouver et l’arrêter, qu’il sera condamné Ce qui est le cas et il se retrouve dans un pénitencier perdu où on va l’employer à fabriquer des chapeaux en osier. Le directeur le remarque et le félicite pour son travail. Gueux se confie à lui. Sa femme désormais se prostitue, sa fille a disparu. Gueux devient peu à peu le juge de paix des prisonniers et se lie avec Albin, fluet, qui partage son pain avec lui.

C’est une lente descente aux enfers que va subir Gueux alors que rien ne l’y destine. Devenu le prisonnier à faire craquer, à humilier, à mépriser, il résistera mais…  Alors pourquoi ? Parce qu’il gène dans un système où il réussit à apporter une humanité inexcusable dans un univers carcéral impitoyable, fermé. Un jeu de pouvoir malsain. Le directeur, Gueux, on sait que ce sera une lutte à mort, David contre Goliath où il n’y aura pas de gagnants. Un drame majeur comme dans La Torture par l’espérance de Villiers de L’Isle-Adam. Émouvant et même bouleversant à pourquoi pas relire dans le texte.

Claude Gueux, Delcourt, 15,95 €

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