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La Fabrique des insurgées, la voix des femmes

Au milieu du XIXe siècle, pour la première fois en France des ouvrières ont eu le courage de dire non à leur exploitation systématique, aux mépris de leurs patrons mais aussi il faut le dire des hommes en général. Louise Michel avant la date vont entamer la lutte en 1869 dans la Fabrique des insurgées. Une grève qui va faite date à Lyon chez les soyeux. Bruno Loth (Le Comte de Monte-Cristo) a signé cet album qui bouillonne, vit à chaque page, montre passion et répression. Un dessin affirmé, un scénario bien écrit, structuré, on est ému à la fois par leur courage et parce qu’on sait aujourd’hui que même si ces femmes ont ouvert le chemin il faudra attendre 1944 pour qu’elle puisse enfin voter. Qu’aujourd’hui encore leurs salaires à fonction égales sont inférieurs à ceux des hommes. Une très longue marche.

Mars 1867 en Ardèche, des jeunes femmes partent en train travailler à Lyon dans la soie chez Bonnardel. On leur a promis 2 Francs par jour, gîte et couvert. Une aubaine pour échapper à la ferme où on ne s’en sort plus. Camille arrive chez le soyeux et déchante. Un salaire bien moindre et une place dans un dortoir payant, un lit pour deux. A l’essai une semaine, 12 heures par jour, c’est çà ou la porte. Elles apprennent sur le tas, Adélaide et Camille. Florine leur montre comment gérer les bobines. Forbin le contre-maître est un vicieux. Camille ne sait pas lire, les horaires sont rudes et stricts sous peine d’amende. Seul Cruchet vieux chef d’atelier est sévère mais juste. Camille fait un malaise et peu de temps avant une ouvrière est morte. En Ardèche Tonin et sa soeur ont peur que les dettes obligent à tout vendre. Pire encore la ferme est saisie et le père se pend. Avec sa soeur Tonin décident de rejoindre à Lyon Camille, leur soeur ainée alors que Adélaide a la tuberculose.

Dramatique mais pas larmoyant, réaliste et vrai, du Zola contemporain de cette révolte lyonnaise menée de front, avec une solidarité qui sera le premier tournant dans les prémices de la lutte ouvrière. La part romanesque se conjugue parfaitement avec les destins de Camille et de son frère, les manoeuvres sans pitié du patronat et des politiciens, une Justice aux ordres. Une piqure de rappel utile que Loth a mis en scène avec fougue justifiée sous un trait en noir et blanc qui par moment fait penser à Tardi.

La Fabrique des insurgés, 128 pages, Delcourt, 20,50 €

 

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