Deux hommes, un milliardaire américain, Leland Stanford, et un inventeur bourru mais génial, Edweard Muybridge sont les héros du Maître de California Hill. Au scénario de cette cavalcade épique et authentique à la fin du XIXe siècle aux USA, il y a Laurent-Frédéric Bollée pour le scénario qui a répondu aux questions de ligneclaire.info et au dessin Georges Van Linthout. Une histoire de chevaux, ou mieux de galop et de photographies, un album qui se rapproche de très près, on va le voir, de celui de Guy Delisle, Pour une fraction de seconde. Propos recueillis par Jean-Laurent TRUC.
Laurent-Frédéric Bollée, pourquoi avec vous choisi de raconter l’épopée de Leland Stanford dont un descendant créera ensuite la célèbre université américaine ?
Le problème est que je ne me souviens plus trop comment je suis tombé sur cette aventure. C’était bien avant le Covid et j’avais cette histoire en tête. J’avais déjà commencé des recherches.
Vous parlez de Leland Stanford qui a été le mécène du photographe Muybridge, un couple infernal.
Oui ce qui m’a attiré c’est leur relation pour le moins étonnante, amère, à couteaux tirés, un pacte faustien, un artiste à triste figure et un entrepreneur d’idées bizarres. C’est l’association mais c’est le côté Stanford qui me paraissait le plus intéressant.
Stanford a une fortune colossale basée sur le chemin de fer qui traverse grâce à lui les Etats-Unis. C’est la conquête de l’Ouest ?
Oui on est dans la seconde moitié du XIXe siècle avec l’esprit western. Une nouvelle frontière avec des transports qui se développent. Stanford fait partie de ces visionnaires des USA.
C’est un type qui ne recule devant rien, il a une passion immodérée pour les chevaux. Il leur fait des écuries somptueuses au premier étage de son manoir. Rien ne lui résiste.
C’est vrai qu’il s’est construit seul. Il y est arrivé par la force du poignet, avec une vision et des moyens tournés vers la réussite. Stanford devient un personnage incontournable de l’Ouest américain, un tycoon comme on les nomme aux USA.
Votre histoire est basée sur un livre, une sorte de biographie qui va être remis en question par un journaliste, le pourquoi et le comment, une enquête vers 1900. On va retrouver le pari fameux sur ce que font les sabots d’un cheval au galop. Ils volent où touchent toujours le sol.
Il y a plusieurs niveaux de lecture. A la base c’est tiré d’une histoire vraie. Leland Stanford dont je fais un Citizen Kane enfermé dans son château, mégalo, un grand collectionneur de chevaux. Il apprend que dans les milieux hippiques et artistiques on se pose la question du cheval au galop, le mouvement des pattes. Un questionnement improbable qui pourtant a secoué la communauté hippique mondiale. Stanford comme Musk aujourd’hui veut tout réussir et donc élucider cette question. Il demande s’il y a un bon photographe à San Francisco. On lui parle d’un Anglais qui a une boutique, Edweard Muybridge. Il y a un pari à la base pris par Stanford. Sa réputation est en jeu et il va dépenser un argent fou. Muybridge, un inventeur, comprend que Stanford est le mécène qu’il lui faut. C’est le mariage de la carpe et du lapin.
Mais Stanford une fois le résultat obtenu va doubler, évincer Muybridge, ne le citera pas dans son livre Horse in motion. Muybridge, on le redécouvre, est peu connu en France.
Il faut parler de la sortie du livre de Guy Delisle, Pour une fraction de seconde sur le sujet.
Que j’ai traité en chronique avec une interview de Guy Delisle. Mais qu’en pensez-vous ?
Quand je découvre assez tard, cet été, que le nouveau Delisle traite de Stanford-Muybridge, je dis « pas possible », pétrifié. C’est le genre de choses qui arrivent, je ne suis pas le premier, ni le dernier à voir qu’un autre éditeur, un confrère ont le même projet dans leur tiroir. Une idée originale c’est très rare même si je pense qu’on aurait pu sortir avant sans le Covid.
Ce n’est pas le même angle. Vous parlez de son épouse, de la mort de son fils qu’il voyait futur président des USA.
Oui mais on arrive quatre mois après Delisle et il y a des libraires, des critiques, des lecteurs qui vont dire que c’est la même histoire que lui. Ce qui nous sauve vous avez raison c’est l’angle. Là où Delisle se concentre sur Muybridge avec un récit très linéaire, on a une narration très éclatée. Moi c’est Stanford et une partie de sa vie, cette rencontre avec une sorte de spectre qui le fait basculer dans une espèce de folie. Ce sont deux livres qui se complètent. Nous c’est une proposition cinématographique autour de Stanford avec notre vision.
Muybrige est chez vous plus dur. On est dans un thriller, un monstre de la finance qui fait tout ce qu’il veut, un Trump.
Une vision de l’Amérique que l’on exprime. Je reprends l’analogie tirée d’une histoire vraie, un récit shakespearien d’un homme enfermé dans sa folie. On a voulu tenter avec le dessinateur un épilogue, cette enquête qui cherche si ce qui a été raconté est vrai. Citizen Kane d’abord mais je dis que peut-être tout n’est pas vrai. Une histoire racontée de deux façons.
La documentation a été importante ? Et le dessinateur ?
Oui, il faut nourrir tout ça. Il y a l’authentique assassinat par Muybridge de l’amant de sa femme. C’est un meurtrier de sang-froid. Muybridge est acquitté presque avec les félicitations du jury. Le choix du dessinateur a été un mariage éditorial. Georges Van Linthout est très doué dans les mises en scène de discussions et sa mise en pages extraite de celle des photos de Muybridge.
Une belle fresque très nerveuse dans le récit et le dessin. Vous êtes très prolifique, un auteur comblé, très occupé.
Je ne m’ennuie pas. Sous le coude après Rimbaud-Verlaine et Stanford-Muybridge, au printemps un polar chez Robinson à la James Ellroy à Washington en 1983 où on célèbre le 20e anniversaire du discours de Martin Luther King. Des crimes ont lieu qui en rappellent d’autres en 63 le même jour, Black Gospel. Il y aura aux Arènes rentrée 2025 L’Incroyable histoire de l’automobile. Enfin il y aura un roman graphique chez Rue de Sèvres qui racontera l’accident au décollage de la navette spatiale Challenger en janvier 1986, 280 pages en noir et blanc.
Le Maître de California Hill, par Laurent-Frédéric Bollée et Georges Van Linthout, 144 pages, noir et blanc, La Boîte à Bulles, 25 €
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