Michigan, avec Odette, épouse de guerre

On a souvent oublié qu’à la fin de la seconde guerre mondiale des jeunes filles ou femmes françaises sont parties aux USA, près de 6000, rejoindre ces GI’s qui les avaient libérées et dont elles étaient, pour certaines, tombées amoureuses. Devenues leurs femmes, elles ont pu immigrer et devenir des Américaines à part entière. On les a surnommées les War Bride, épouse de guerre. Julien Frey raconte dans Michigan accompagné par Lucas Varela au dessin clair et fin le destin d’Odette partie avec John en 1945. Soixante-dix ans plus tard, Maud part à son tour de France mais pour rencontrer Odette, une grand-tante dont on lui a beaucoup parlé mais qu’elle ne connait pas. A noter que les auteurs seront présents en mai pour la 32e Comédie du Livre à Montpellier.

MichiganEn 2010, Maud et Julien partent avec leur fille aux USA. Direction Détroit dans le Michigan, vers une bourgade où Odette la grand-tante de Maud habite depuis 1945. Odette a épousé John un GI’s américain rencontré à Paris à la fin de la guerre. Ils se sont aimés et contre l’avis de sa famille Odette a décidé de quitter la France. Elle était une War Bride que le gouvernement US a reconnu comme une épouse officielle et donc a rapatrié à ses frais mais en lui donnant un rapide vernis US pour qu’elle ne soit pas trop perdue à l’arrivée. Maud et Julien qui n’est pas très chaud à l’idée de ce voyage retrouvent des cousines éloignées et le mode de vie américain. Odette avoue avoir pensé revenir en France à la mort de son mari mais un voyage fait en France dans les années soixante-dix l’avait convaincue qu’elle n’y était plus en fait vraiment à sa place. Elle n’a rien oublié de sa jeunesse mais sa propre famille dont son frère Justin l’a un peu oubliée.

Beaucoup de tendresse dans cette histoire que l’on soupçonne fortement d’avoir des bases bien réelles. Les détails authentiques le montrent. Toutes les War brides n’ont pas réussi leur immigration amoureuse. Beaucoup sont revenues ou ont divorcé. Les autres, on en a rencontré dans les Berkshires au nord de Boston, ont été parfaitement heureuses tout en gardant une vraie nostalgie pour la France. Elles avaient vingt ans à une époque où voyager n’était pas simple et cher. Elle coupaient les liens familiaux. Julien Frey redonne vie à ces grands-mères qui ont eu beaucoup de volonté et de courage. La vie à Paris à la Libération, la traumatisme de ce que les GI’s avait vu en Allemagne et dont ils ne parlaient pas, un bel ouvrage attachant et qui rappelle aussi un épisode méconnu de la grande Histoire.

Michigan, sur la route d’une War Bride, Dargaud, 19,99 €

Sur la route d'une War Bride