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Jules Matrat Tome 2, survivant mais coupable

Si en août 1914 on était souvent parti dans les deux camps la fleur au fusil pour une guerre rapide et victorieuse. Très vite la boucherie qui va faire plus d’ un million et de morts en quatre ans côté français sera avant tout une affaire de survie, d’amitié, de défense des copains qui meurent à vos côtés. A quand votre tour et quel sentiment de culpabilité souvent pour ceux qui vont survivre au conflit. 8 millions de soldats sont mobilisés en quatre ans. Serge Fino a adapté en BD Jules Matrat. Dans le premier tome c’était le départ de Matrat arraché à sa terre de Haute-Loire, la guerre de ces Poilus dans les tranchées avec des offensives où le prix en hommes était passé une bagatelle et passé sous silence. Dans ce volume 2 de la trilogie il y a le bon copain, Louis, l’ami de misère, les fiancées au pays et puis le drame, la souffrance qui peut mener à la folie. Une chronique sans concession.

Mars 1918, Louis Agnin n’a pas regagné les tranchées. Il est allé se marier avec Gladys dont il n’arrêtait pas de parler à Jules son frère d’arme. Qui lui a au pays sa promise Rose et devenait jaloux d’Agnin. Louis est revenu, raconte sa perm. La Guerre continue, on demande des volontaires pour réduire un nid de mitrailleuses allemandes. Agnin est tiré au sort, Jules est volontaire pour l’accompagner. Liés pour le pire les deux copains. Louis est touché, son dernier mot est Gladys. Jules Matrat comprend qu’il va devoir continuer la guerre seul. Il s’était rapproché de Rose, lui dit qu’il l’aime, elle aussi. Il y a les considérations paysannes, la terre. Jules essaye d’écrire à Gladys et ne donne plus de nouvelles à sa propre famille. Un an déjà et en avril 19 (on n’a pas démobilisé fin 18) enfin une lettre alors que Jules a été affecté dans une ferme près du front. Il fait partie comme dit son capitaine de ces revenants qui doivent rester liés par amitié. Sur le retour il fait face à la bêtise des planqués de l’arrière et s’éloigne de son copain tué.

Un retour chez eux qui a marqué la plupart des Poilus, à la fois soulagés et qui se retrouvaient dans un monde qu’ils ne reconnaissaient pas. La France avait vécu alors qu’ils mourraient dans la boue. C’est toute le fond de ce tome 2 remarquablement écrit à partir d’Exbrayat et auquel Fino a apporté toute la force de son dessin, sans excès, sobre et si émouvant. Vivant mais blessé à vie Matrat sans son copain mort peut-être à sa place, coupable de vivre comme l’ont ressentit les rescapés survivants des camps de la mort. Une trilogie remarquable dont on attend avec impatience la fin.

Jules Matrat, Tome 2, Éditions Glénat, 17,50 €

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